Même pas mal
Alors là, on peut dire que c’est un truc de malade mental, mais ce blog a un an. Et ceci en est la cinquante-quatrième chronique. Ben oui, c’est bizarre, il faudrait que je me penche sur la question, il me semblait aussi que dans une année, il n’y avait que cinquante-deux semaines…
Oui oui, je vois ça, les plus studieux le notent d’emblée, dès le premier paragraphe l’emploi du vous disparaît au profit de celui du je. J’ai cédé à la pression. « Ce serait plus personnel… » m’a-t-on dit plusieurs fois. Alors que justement, il me semble que ma vie, on s’en balance. Donc soyez rassurés, ce changement pronominal ne m’empêchera pas de mentir. De bluffer, d’en rajouter, de raconter des cracks. Glissés entre deux vérités, bien sûr. Hé hé…
A moins que ce ne soit tout l’inverse : le vous me planquait, le je m’expose. Une prise de confiance en soi ? Une bouffée d’égocentrisme ? C’est mon péché mignon, que voulez-vous. Déjà au collège, je me présentais aux élections de délégués de classe non par altruisme, mais uniquement pour mesurer ma côte de popularité. C’est dire si je comprends bien ces gros fourbes de politiques…
Non mais dites-donc, changement de décor, changement de pronom, et puis quoi encore ? Manquerait plus que je me coupe les cheveux et méfiance, bientôt je réclamerai le droit de vote… C’est qu’il faudrait voir à fidéliser la clientèle, ma petite dame ! Tous ces lecteurs réguliers (qui ne sont pas ma mère) et qu’il a fallu glaner un à un, au fil des mots… Attention à ne pas trop les brusquer, non plus ! C’est vite fait, un clic d’adieu !
D’ailleurs, à propos de clic, une fois n’est pas coutume, allez, après tout c’est mon anniversaire, je vous invite à cliquer sur l’originale initiative de Bertrand de Broc, vous savez, ce navigateur qui s’est recousu la langue tout seul sur son bateau lors d’une course en solitaire… ? Ça les copains, vous conviendrez qu’en matière de déglingos, c’est du lourd ! Eh bien pour le prochain Vendée Globe, vous pouvez tous devenir son sponsor et appliquer votre nom, ou celui de votre entreprise, sur la coque de son bateau ! Allez voir, c’est un chouette projet porté par des gens vraiment sympathiques.
Bon, et tant qu’on y est, hein, puisque vous êtes en train de glander sur internet, vous pouvez aussi lire mon avis sur les différentes représentations de la maternité sur le Plus du Nouvel Obs. Je suis sûre que ça va vous passionner. Oui Monsieur, carrément, le magazine en ligne du Nouvel Observateur. Tu comprends maintenant pourquoi mon ego est tout bouffi ?
N’empêche, un an de blog, et de 14 février à 14 février pile poil, en plus, pour moi c’est pas rien. Et date oblige, on n’est pas occidentaux pourris par la pub pour des prunes, allez lecteur, profites-en, je ne te le dirai pas deux fois : je t’aime.
Blanc comme neige
Parler de la neige quand il neige, c’est un peu facile. Parler de la neige quand il fait beau chez vous, ça a déjà moins de sens. Pourtant, ce week-end vous n’étiez pas chez vous, et il a neigé. Vous êtes sortis de cette belle fiesta, il devait être trois heures du matin, et la neige tombait à gros flocons dans les rues de Nantes. Les réverbères avaient l’air de fonctionner au gaz tellement c’était romantique, tout ce blanc dans la nuit noire. Enfin, « romantique » dans le sens « romanesque », parce que le « romantisme » dans le sens « ça va finir au plumard », avec votre amoureux qui lançait des boules de neige en ricanant et votre sœur qui se roulait par terre, c’était pas gagné.
En tous cas, vous les avez compris, ces journalistes qui d’un coup, trouvent la neige plus intéressante que la situation de la Syrie ou de l’Afghanistan. Tout est lavé plus blanc que blanc, même les crottes de chien disparaissent, et tout le monde redevient aussi bête qu’un gosse de quatre ans. Les vôtres ont beau être extrêmement éveillés, globalement, un enfant de quatre ans ça n’a pas inventé le fil à couper l’eau chaude.
C’est vrai, c’est incroyable comme phénomène ! D’accord, en France on n’en a pas souvent. Mais en présence de neige, l’euphorie gagne tout le monde : vous avez vu des types en costard lever la tête et tirer la langue, avant de se planquer avec un sourire en coin. Vous avez vu des grands-mères faire des bonshommes de neige dans leur jardin… Comment le dire autrement qu’avec ce lamentable cliché : quand il neige, votre âme d’enfant se débarrasse enfin de sa lourde carapace d’adulte sclérosé par toutes ces années de formatage social, et va s’ébrouer tel un chiot fou parmi les landes immaculées.
Alors forcément, vous qui êtes comme tout le monde, vous étiez bien contente d’être à l’endroit où tombait la neige, impassible manège*, quand chez vous il pleuvait. Qui a dit « encore » ? Et le ravissement de vos enfants, du délire, déjà voir leurs cousins c’était bien la teuf, mais en plus mettre des bottes et des blousons sur leur pyjama pour jouer dans un jardin enneigé, alors là c’était carrément la déglingos-party ! Parce que si les adultes redeviennent enfants en présence de neige, il faut savoir que les enfants, eux, deviennent juste des gros tarés ! On aurait dit qu’ils s’étaient enfilés trois mojitos avant de sortir.
Et puis il a bien fallu rentrer, même pas peur, t’inquiète maman, on va rouler doucement, et puis tu sais, les grands axes… Vous êtes partis avec des phrases d’adultes, allez hop, une dernière boule de neige sur le pare-brise, un coup de klaxon pour dire au-revoir… Trois heures après, vous étiez chez vous, à Quimper.
Effectivement, il n’avait pas neigé. Il y avait surtout de la boue et il faisait plutôt doux. Un peu déçue quand même, vous êtes rentrée dans la maison. Là non plus, il ne faisait pas froid. La porte d’entrée n’est pas isolée, et puis vous chauffez à l’électrique, alors quand même, vous faites attention aux factures… Vous avez senti votre âme de quatre ans se glisser subrepticement dans sa carapace de trente-et-un ans.
Finalement, vous étiez presque soulagée qu’il n’ait pas neigé chez vous. Parce que vous avez une âme d’enfant, certes, mais un compte en banque d’adulte.
*Adamo bien sûr !
Dukan la joie !
Comme vous êtes, jusqu’à preuve du contraire, une fille, vous savez pertinemment ce qu’est un régime. Longtemps, vous en avez entendu parler comme d’une sorte de contrainte, un mal nécessaire à la féminité. Mais comme le concept de féminité vous était plus qu’étranger, vous ne vous sentiez en rien soumise à cette obligation. Et puis vous aviez de ces filles toujours au régime l’image, assez désobligeante il faut bien l’admettre, de pimbêches compliquées. Voire de pouffiasses mal dans leur peau. De filles futiles, obsédées par leur reflet, continuellement dans une séduction manipulatrice, et formatées par l’image sexiste des femmes renvoyée par les médias. Bref, d’après vous, les régimes, c’était juste pour les connasses.
Vous étiez sans doute d’autant moins concernée par ces histoires de restrictions alimentaires que votre corpulence s’inscrivait dans une moyenne tout-à-fait honnête. Dès lors, pourquoi s’emmerder à prendre de la salade quand une entrecôte sauce roquefort avec des frites vous tendait ses petits bras sanglants… ?
Parce que sincèrement, les légumes vapeur, on ne peut pas dire que ça vous fasse rêver. Encore moins baver. Vous êtes, semble-t-il, une épicurienne. Presque une hédoniste, vous aimez la bonne chère, ici et maintenant. Vous ne comptez pas les calories du moindre carré de chocolat que vous avalez, d’ailleurs vous n’avez jamais vraiment compris ce qu’était une calorie… Vous trouvez radin de ne pas vider la crème fraîche dans les carbonara, et petit joueur de ne pas vous resservir. Vous êtes incapable d’aller boire un verre sans vous bourrer la gueule, ni de choisir la formule pour abandonner le dessert. A table comme dans la vie, vous jouissez de l’instant sans réfléchir aux conséquences. Non, ça gâcherait votre plaisir. De sorte que vos gueules de bois et vos kilos sur les hanches se suivent et s’accumulent…
Vous vous en foutiez royalement, jusqu’au jour où… Jusqu’au jour où vous ne vous en foutiez plus. C’est vrai qu’un kilo de plus, dans l’année ça n’était pas vraiment visible, mais au bout de dix ans ça commençait à compter. Peut-être n’auriez-vous jamais du acheter de balance. Peut-être étiez-vous devenue subrepticement une pouffe futile. N’empêche, d’un coup, vos grosses fesses vous foutaient les boules.
Alors discrètement d’abord, parce que merde, vous avez quand même une image de marque, vous avez essayé de faire attention. D’être raisonnable, mesurée, équilibrée dans votre alimentation. Mais ça n’a pas marché… Vous êtes excessive, une sorte de Depardieu avec un moins gros nez, pour vous c’est tout ou rien. Il vous fallait un truc plus radical, un vrai régime de psychopathe… Vous avez donc acheté, un peu par hasard, le best-seller de ce crétin eugéniste, vous l’avez lu pour de vrai et suivi à la lettre. Vous vous êtes mise au surimi et au son d’avoine, pendant un mois et demi vous n’avez pas accepté le moindre apéro, et miracle, vous avez retrouvé le poids de vos 20 ans… Certes vous aviez perdu des seins dans la bataille, mais vous rentriez à nouveau dans du 38. Joie et bonheur, vous vous êtes mise au maquillage, et aux talons. Vous avez aussi gravement gagné en confiance en vous, ce dernier phénomène compensant largement l’impression furtive mais désagréable d’avoir vendu une partie de votre conscience féministe au Diable…
Mais juste onze mois après être devenue cette bombasse prétentieuse…
Vous avez accouché. Allez, courage, plus que douze kilos à perdre !
Mission impossible
Jusqu’à nouvel ordre, vous ne travaillez pas. Pas contre rémunération, en tous cas. De CDD en CDD, de diplôme inutile en formation, vous vous êtes résignée à ne pas trouver la voie de votre épanouissement professionnel. Et comme vous venez d’avoir un troisième enfant, vous pouvez rester encore un peu chez vous sans que la France qui se lève tôt ne vous regarde comme un parasite. Encore un ou deux bambins, et vous acquerrez une légitimité totale en tant que femme au foyer, attirant l’admiration autant que le mépris des working-girls…
Mais vous n’en êtes pas là. Dernièrement, alors que pour la énième fois de votre vie vous vous empêtriez dans vos contradictions de femme à la maison, qui aime ça mais n’assume qu’à moitié, qui culpabilise de gérer comme elle veut ses journées, qui se sent vite nulle et non avenue face aux « vrais » travailleurs mais pense que son objectif, élaborer des enfants de qualité, a tout de même son importance… Bref, vous en étiez là de vos réflexions, qui tendaient d’ailleurs à s’avancer vers le côté obscur, lorsqu’on vous a proposé une mission.
Un petit boulot de quelques jours, un truc d’étudiante, du phoning à faire de chez vous, pas trop payé ni trop intéressant, mais un travail pour vous. Pour rendre service, vous avez dit oui. Pour rendre service, et sans doute aussi parce que justement, vous connaissez par cœur les pensées de la femme au foyer, lorsqu’elles s’enfoncent dans les sombres marécages de l’auto-dévalorisation. Vous alliez très vite vous parer de nombreux défauts ; bêtise, pauvreté, laideur et leurs dérivés, tous issus de la vacuité de votre vie professionnelle. Il fallait, d’une manière ou d’une autre, stopper ce tourbillon négatif et passer à autre chose. Penser à autre chose. Vous secouer pour faire tomber les miettes de doutes, de mépris et de complexes qui risquaient de vous recouvrir peu à peu.
Aussitôt après avoir accepté, vous avez regretté, évidemment, vous vous êtes dit que vous n’auriez jamais le temps de faire ça, qu’il vous faudrait sûrement laisser pleurer bébé toute seule dans son coin pendant des heures et que vous ne l’aviez pas faite pour ça… Et puis vous ne sauriez pas faire, vous ne connaissiez pas l’entreprise, ni les produits, il vous faudrait oser parler à des gens de l’autre camp, de ceux qui travaillent dans la vraie vie… Mais c’était trop tard, vous aviez dit oui, vous vous êtes lancée.
Et tout s’est bien passé. Non seulement vous avez eu le temps, et ce malgré un jour de grève à l’école des deux grands, mais vous n’avez pas laissé pleurer bébé. Pas pendant des heures, en tous cas. Vous avez dès le premier appel retrouvé votre voix, professionnelle et souriante, d’opératrice téléphonique. Les gens à qui vous avez parlé vous ont peut-être imaginée dans un bureau, avec des trombones dans le pot à crayons et sortant d’une pause-café. Quand ce fut fini, on vous a félicitée chaudement, les retours étaient excellents. Et surtout, vous avez su vous organiser. Vos enfants ne sont pas morts de faim, votre maison n’a pas brûlé, les huissiers n’ont pas sonné. Bon, les chemises de votre mari ne sont toujours pas repassées, de ce point de vue pas de changement.
De ce temps que vous avez réussi à dégager, somme toute assez facilement, vous savez maintenant parfaitement quoi faire. Vous avez même trop d’idées pour l’employer à devenir moins bête et moins laide (mais pas encore moins pauvre). En fait, cette expérience vous rappelle que vous êtes toujours parfaitement compétente, et pas seulement pour du phoning, mais aussi combien vous avez du bol de ne pas bosser. Du moins pas contre un salaire, on est toujours d’accord. Les idées noires reviendront, vous le savez, c’est cyclique.
Pour le moment, assumez. Et vous avez même le droit d’en profiter.
Dans ma Benz
Vous n’êtes pas particulièrement passionnée par les voitures. A vrai dire, vous avez même du mal à différencier une deux chevaux d’un 4x4, et quand on vous demande dans quoi vous roulez, vous répondez « dans une grise ». Ce qui est d’ailleurs un choix de couleur peu judicieux car, pour retrouver la vôtre sur un parking (parce que vous ne vous souvenez JAMAIS où vous l’avez garée), vous bipez toutes les voitures grises avec vos clefs. Quand les phares s’allument, c’est la vôtre. En fait, vous pensez qu’une voiture est juste un objet très utile pour aller d’un point à un autre. C’est tout.
Vous n’êtes pas non plus particulièrement passionnée par le ménage. A vrai dire, vous avez même du mal à différencier un torchon d’une serpillère, et quand on vous demande avec quoi vous nettoyez votre baignoire, vous répondez « du produit ». D’ailleurs vous ne savez JAMAIS où est rangé l’aspirateur…
Autant dire que nettoyer sa voiture n’est absolument pas une activité que vous pratiquez naturellement. Ni régulièrement. Et surtout pas avec plaisir. Pourtant, récemment, vous avez du transporter quelqu’un et vous avez eu honte… Autant votre snobisme vous pousse à afficher un certain dédain vis-à-vis du nettoyage de caisse, autant quand votre mari vous affirme que celle-ci pue les pieds, vous prenez conscience qu’il est temps d’agir. Après avoir attendu un peu en espérant qu’il le fasse, vous avez décidé de vous y coller.
Il a d’abord fallu garer la voiture à l’endroit le plus stratégique possible, et comme vous habitez à la campagne dans une région pluvieuse, il est nécessaire de rouler dans la boue. Mais tant pis, vous ne comptiez vous charger que de l’intérieur. Ensuite, vous avez entrepris de vider votre habitacle de tout ce qui n’y avait pas franchement sa place. A l’arrière, des jouets de MacDo, des morceaux de biscuits, des cailloux et des bouts de bois (pas rapportés par erreur sous les chaussures, non, rangés soigneusement dans la portière !), des élastiques et des barrettes (de cheveux, pour le shit ils sont encore petits), des épées de Playmobil, des dessins… Et à l’avant, pas mieux : une bonne quinzaine de tickets d’horodateur, une amende pour non-paiement de l’horodateur (!!), des sacs en papier froissé de la boulangerie, des pubs, des enveloppes ouvertes, des stylos, des pièces jaunes, des boulons, une paire de chaussures, des vieilles capotes… (Non, c’est une blague : vous n’êtes plus étudiante…). Après avoir vidé tout ça, vous êtes partie à la recherche d’un aspirateur, que bien sûr vous n’aviez pas préparé à l’avance, et d’une rallonge. Vous avez donc retourné toute la baraque et avez trouvé votre bonheur. Mais au premier coup d’aspiro, misère : il n’était pas assez puissant pour le centimètre d’épaisseur de terre, sable et miettes scratché dans les poils de vos tapis de sol… Vous vous êtes donc sérieusement demandé pourquoi le sol des voitures n’était pas en lino, et avez rangé votre impuissant matos. Pas découragée pour autant, vous avez rapporté sur votre lieu d’activités le gigantesque aspirateur de chantier acheté pour les travaux. Une fois transporté et branché, il est apparu étonnamment peu efficace. Vous l’avez donc ouvert. Vu que le sac était plein. Cherché un sac neuf. Installé ledit sac. Réessayé d’aspirer. Juré parce que ça ne marchait pas. Eteint. Ouvert. Vérifié le tuyau. Compris qu’il était bouché. L’avez secoué dans tous les sens. Débouché. Rallumé. Réessayé. Sans succès. Vous en étiez donc à votre vingtième salve d’injures dont la vulgarité rendrait jalouse une hardeuse en plein tournage, en tapant sur le filtre pour le nettoyer, quand toute la poussière est tombée. Sur votre jean propre.
A la guerre comme à la guerre, vous êtes repartie de plus belle à l’attaque de cette putain de bagnole, que vous avez fini par aspirer de fond en comble… Au final, elle avait l’air aussi propre que la voiture sale de quelqu’un qui en prendrait grand soin. Un résultat plus que suffisant pour vous. Vous avez aussi appris que ça existe de nettoyer le volant et le tableau de bord, il y a même des gens qui lavent les vitres, mais bon, faut pas déconner non plus, vous avez votre amour propre !
Pour le moment, ça ne sert à rien, il risque de pleuvoir à tout moment. Mais au printemps, vous ferez peut-être l’extérieur.
Le bon accessoire
Un it-bag, vous l’avez appris en lisant la presse féminine, c’est un sac à main, mais en mieux. Pas forcément plus pratique, non non, juste plus branché. C’est LE sac à la mode, celui qu’il FAUT avoir pour faire de vous une it-girl, donc. Ça y est, on commence à saisir le concept ?
Eh bien vous, qui êtes pourtant peu sensible aux diktats de la mode – et d’ailleurs, du fond de votre Finistère, vous êtes quand même relativement épargnée – vous avez actuellement le it-accessoire qui déchire tout.
Un bébé.
En effet, de façon assez étonnante, vous balader avec un bébé fait de vous une personne à qui tout sourit. A qui tout le monde sourit. Enfin, surtout les vieilles…
Bon, d’accord, un bébé n’est peut-être pas ce qu’on fait de plus branché sur le marché actuellement. Quoique. En revanche, le phénomène est observé avec un systématisme renversant, le port du bébé dans un lieu public vous rend éminemment sympathique. Les gens vous sourient, vous laissent passer, vous parlent… On vous laisse même la place dans le bus ! On vous demande son âge, son prénom, on vous dit « Ah ! On oublie comme c’est minuscule ! » ou « Ah ! C’est mignon quand c’est petit ! » ce qui est déjà moins sympa, parce que ça sous-entend un peu « Mon bébé à moi est devenu un gros ado insupportable, bientôt ce sera ton tour d’en baver, hé hé… ».
Ça fonctionne aussi si vous êtes un homme, c’est même encore plus agréable pour vous, essayez, empruntez un bébé s’il le faut, l’expérience est édifiante : non seulement les vieilles sont sympas, mais les jeunes encore plus. Vous éveillez dans leur inconscient de reproductrices l’image du bon père, tendre et solide comme un roc. En plus, vous voir seul avec un bébé suppose que vous êtes père célibataire, ou que votre femme n’est pas à la hauteur (reste donc à l’évincer, ça ne devrait pas être difficile si elle a pris dix kilos depuis sa grossesse). Le bébé, c’est donc bon pour la drague. Du moins, pour draguer les filles, parce que les hommes auraient plutôt tendance à considérer qu’une mère, ça n’est plus draguable. Il doit y avoir de l’Œdipe là-dessous, encore…
Quand vous êtes bien lunée, vous trouvez ça plutôt sympa. Vous relancez la causette, vous trouvez qu’on a beau dire, les gens sont quand même drôlement gentils, ça vous attendrit toute cette sollicitude. Mais si vous êtes vaguement de mauvais poil, et là vous pouvez revêtir sans problème le costume d’une très grosse connasse, ça vous saoule. Vous avez juste envie qu’on vous fiche la paix, et que toutes ces bonnes femmes gardent leurs banalités et leurs postillons pour leurs ados boutonneux. Et surtout, vous trouvez que le phénomène relève d’une grande hypocrisie, puisque dès que vous êtes à nouveau seule, les mêmes petites vieilles essaient de vous gratter des places dans les files d’attente !
Enfin, vous avez peut-être un it-bébé tout neuf, mais en attendant, ça va faire trois ans que vous avez le même sac à main…
Et c'est parti !
Depuis toujours, commencer une nouvelle année, ça vous fait tout chose. Vous adorez vous équiper en calendriers, agendas et cahiers vierges. Vous jubilez à prendre des milliers de résolutions qui, même si vous savez pertinemment qu’elles ne seront pas tenues, vous donnent l’illusion d’écrire une nouvelle page de votre existence. Oui, carrément : chaque année, c’est votre existence toute entière qui se renouvelle. Ce qui vous fait au moins ça de commun avec les chats, soit dit en passant.
Si vous aviez un curé sous le coude (et si vous faisiez toujours confiance aux curés), vous iriez sûrement vous confesser. Histoire de purifier votre âme de pécheresse et repartir sur des bases saines.
Pourtant cette fois, rien de tout ça. Comme si vous preniez enfin conscience qu’un premier janvier, ce n’est rien d’autre qu’une date. Comme la veille, et comme le lendemain. Et qu’au bout du compte, au douzième coup de minuit vous ne deviendrez pas, comme par enchantement, beaucoup plus bonne que la plus bonne de vos copines. Ou plus intelligente, plus drôle, plus riche, plus créative, moins accro à vos addictions, plus volontaire, mieux organisée (rayez la mention inutile)… Bref, vous avez sans doute compris que les changements positifs supposément apportés par les résolutions de nouvel an sont juste du bluff. Vos résolutions, vous pourriez les prendre le 19 avril, ce serait pareil… Vous ne les tiendriez pas plus. Alors à quoi bon ?
Oui mais n’empêche, ça vous manque. Le coup de la page blanche à écrire, du moi tout neuf de la meuf qui se lance dans l’an neuf, c’était bon ! Pourquoi ce sentiment vous échappe, désormais ? D’où vient cette indifférence ? Encore un coup de votre âge, une petite preuve supplémentaire que vous devenez enfin adulte ? Vous croyez sans doute ne rien pouvoir provoquer de nouveau et de positif… Vous avez perdu toutes vos illusions ? C’est trop triste !...
Peut-être aussi que vos changements, vous les avez déjà bien attaqués, et qu’au fond vous n’avez pas vraiment envie d’effacer tout ça pour en commencer de nouveaux… Votre renouvellement est en cours, vous voulez plutôt jouer les prolongations. L’année passée vous a déjà apporté une maison canon, un bébé cool (et canon aussi, bien sûr), et un petit rendez-vous hebdomadaire avec votre clavier, qui vous épanouit au plus haut point. Entre autres délicieux moments.
Voilà sans doute pourquoi la grande page blanche annuelle ne vous stimule pas autant que d’habitude. Une petite vous attend chaque semaine, qui vous inspire beaucoup plus. Cinquante-deux pages blanches à remplir cette année, s’il en fallait une à tout prix, la voilà votre résolution !
Ah, vous vous sentez déjà mieux. Gonflée à bloc, l’année peut commencer… Mais il manque encore une chose : demain, vous passerez voir votre banquier. Juste pour qu’il vous offre un calendrier. Un grand, un cartonné. Tout neuf.
Dernière minute
Vous vous l’étiez promis ; cette année, vous seriez à l’heure.
D’ailleurs vous étiez bien partie, dès septembre vous y pensiez, projetant une arrivée de bébé numéro trois début décembre… En qualité de vieille routarde de la maternité, vous saviez qu’en décembre, vous seriez débordée.
Il fallait donc AB-SO-LU-MENT que tous vos cadeaux soient faits fin novembre.
Oui mais voilà, il y avait d’autres urgences. Et puis vous étiez (encore) un peu à sec, en matière de trésorerie. Et puis de toutes façons, ni les enfants, ni les grands ne vous avaient envoyé (déjà) leur liste au père Noël… Alors évidemment, fin novembre, rien n’était acheté. Ni fabriqué, d’ailleurs, ce serait tellement sympa un cadeau fait maison ! Mais pas d’angoisse, il restait deux semaines avant la naissance, vous étiez encore large. Seulement voilà, bébé n’ayant pas checké son agenda, elle est arrivée en avance. Ce qui, dans l’absolu, n’était pas pour vous déplaire…
Mais évidemment, niveau cadeaux, ça vous a complètement foutu dedans. Et après, comme prévu (au moins une composante que vous aviez réussi à prévoir), vous étiez débordée. Vous avez tout de même réussi, entre deux biberons, à remplir un peu votre hotte. Malgré cela, de fil en aiguille, vous vous êtes finalement retrouvée, un 23 décembre à 17 heures, dans une galerie commerciale.
Quiconque a juste une légère notion de ce qu'est la vraie vie de la France d'en bas peut mesurer la portée hystéro-dramatico-agoraphobique de la situation. Il se peut qu'on n'ait pas trouvé de meilleur titre pour un film d'horreur depuis longtemps. « 23 décembre à 17 heures dans une galerie commerciale »... Ces seuls mots doivent en faire frissonner plus d'un. Sans compter que vous trimbaliez dans votre caddie, pour une raison indépendante de votre volonté, un bébé de tout juste un mois.
Alors, mue par un courage et une dévotion dignes des mères de famille des générations passées, vous avez arpenté les rayons dévastés par des clients avides... Mesurant votre chance, vous avez arraché le dernier Flynn Ryder* à une mère dont la fille se contenterait d'une quelconque Barbie. Devant les Playmobils, vous vous êtes laissé le temps d'hésiter entre les pirates et les chevaliers, malgré la foule pressée et aigrie, ces gens pour qui vous ne pouviez pas vous empêcher de ressentir une once de compassion : leur retard sur le programme des festivités, leur manque d'organisation, leur rôle de figurant, comme vous, dans cet horrible film... Tout ça ne vous empêchait pas de les détester intensément lorsque vous les voyiez s'agglutiner aux caisses de cette grande surface surchauffée, responsables de votre temps perdu...
Ils vous renvoyaient à votre propre sentiment de loose totale et récurrente, puisque tous les ans vous vous faites avoir de la même façon. C'est simple, vous n'arrivez pas à comprendre pourquoi. Pourtant tous les ans, Noël tombe un 24 décembre !
Alors là, non mais vraiment, c'est décidé, on ne vous y reprendra pas, vous achèterez vos cadeaux tout au long de l'année (ce qui en fait quand même environ deux par mois), de façon à ce que votre humeur ne soit pas aussi massacrée que votre portefeuille... Quoique...Vous êtes quand même super large, là. Maintenant que c'est terminé, vous avez bien d'autres priorités.
Comme par exemple votre réveillon du 31, qui se fait chez vous alors que vous rentrez à la maison le 30. Vous avez entendu parler du film d'horreur « 31 décembre : panique en grande surface » ? On recherche des figurants...
*Ceux qui savent qui c'est comprennent, les autres s'en foutent certainement...
Sans opinion
Pour une fois, vous avez un avis.
Bon, il n’est pas encore très tranché, si on souffle dessus un peu fort, il peut encore jouer les girouettes. Mais vous voyez ses contours se dessiner avec un peu plus de précision que d’habitude…
En général, les sujets d’actualité, non que vous n’en pensiez rien, bien au contraire, mais s’il s’agit de choisir un camp, vous avez du mal. D’abord parce que vous n’êtes pas économiste, ni politologue, ni sociologue, donc peu qualifiée pour de nombreux sujets. Et votre vrai problème, c’est l’empathie. Vous considérez que les gens qui défendent avec véhémence par exemple, tiens, le port de l’uniforme à l’école, ont le sentiment sincère que c’est éducatif et égalitaire. Mais ceux qui trouvent l’idée rétrograde et liberticide sont tout aussi sincères… Souvent, les arguments d’un camp comme de l’autre sont poussés et intelligents. Alors, après avoir écouté tout le monde sans en placer une, si on vous demande votre avis (mais en général, votre avis on s’en fout, les gens qui en ont un préfèrent s’écouter parler), vous dites que d’un côté, c’est vrai, mais de l’autre, c’est pas faux non plus… Ou alors vous sortez une bonne grosse grivoiserie, histoire de détendre l’atmosphère, et dans les deux cas vous passez pour une fille pas très futée. Si en plus vous avez des gros seins, c’est foutu, vous êtes d’office cataloguée « décérébrée ».
C’est pourquoi il vous est si précieux d’avoir un avis sur le projet de loi visant à pénaliser les clients de prostitué(e)s. Il se trouve que d’aucuns considèrent la prostitution dans son ensemble comme une violence faite aux femmes. Vous vous souvenez avec dégoût du soir où, petite fille, vous avez vu une femme très belle, très jeune et peu vêtue au bras d’un homme très gros, vieux et laid. C’est l’image que vous avez longtemps gardée de la prostitution. Image à laquelle sont venues s’ajouter d’autres, toujours plus trash, comme dans le film Chaos, de Colline Serrault, ou l’on drogue et viole des femmes pendant des semaines dans des maisons de dressage, afin de les briser et les aliéner définitivement… Evidemment, face à cela vous vous dites que le client est un pervers, que si on le punit ce sera bien fait, que sans demande, plus d’offre…
Pourtant vous ne pouvez pas vous empêcher de penser que stigmatiser les putes, qui existent sans doute depuis que le sexe existe, c’est un peu faux-jeton. Que dans n’importe quel boulot on utilise son corps, son esprit on les deux, que ce n’est pas pour ça qu’on se « vend » à son patron. Qu’il s’agisse des bras ou du sexe, entre adultes consentants, quelle différence ? Alors certaines lectures, ici ou là, et surtout là, s’ajoutent à votre sentiment et finissent d’emporter votre adhésion.
Punir la traite humaine, la prostitution des mineurs, le proxénétisme, les réseaux mafieux… Evidemment, et des deux poings.
Mais admettre, et accepter, qu’il existe une prostitution choisie, un travail du sexe guère plus humiliant que de faire des animations en grande surface, et qui mériterait de meilleures conditions, voilà votre avis.
C’est décidé, si on vous le demande, vous le donnerez. Et entendre une fille parler de prostitution, qui sait, ça peut intéresser.
Surtout si elle a de gros seins.
Maman, c'est toi...
Vous aves vu des tonnes de films, lu des paquets de bouquins, eu des discutions à n’en plus finir avec toutes vos copines… Souvent, un constat s’impose : les relations mère-fille sont compliquées. Voire conflictuelles, surtout quand la fille est mère à son tour. C’est dommage, mais c’est comme ça. Et ce ne sont pas les psys de tous poils qui vous diront le contraire : pour vivre heureuse, tuons la mère.
Mais avant, torturons-la en l’accablant de tous nos maux. Vos relations avec les hommes sont compliquées ? Votre mère était trop soumise au sien. Ou pas assez, ça marche aussi. Vous vous trouvez moche ? Votre mère ne vous a pas assez valorisée. Vous faites un boulot de merde ? Votre mère aurait du vous pousser plus. Vous vous goinfrez comme une vache ? Manque d’amour de votre mère, évidemment. Vous faites des créneaux pourris ? Ne cherchez pas, c’est encore un coup de maman… !
Tout ça vous irrite fortement. D’abord parce que c’est un peu facile d’accuser quelqu’un d’autre dès qu’on se plante quelque part. Ensuite parce que dans toute votre naïveté, vous avez tendance à penser que les mères, à part les vraies tarées, elles font de leur mieux. D’ailleurs, elles ne devraient pas trop faire les malignes, ces critiqueuses intempestives de mères ; si elles imaginaient tout ce que leur reprocheront leurs moutards, dans vingt ans…
En tous cas, votre mère à vous, vous n’en changeriez pour rien au monde. Vous avez l’impression que votre relation est plutôt saine, et même si ce n’est pas la norme, vous vous en réjouissez. En termes d’éducation, il y a bien des choses que vous faites différemment avec vos propres enfants, mais loin de vous l’idée de lui jeter la pierre, puisque vous n’êtes pas convaincue d’avoir absolument raison. Il se pourrait que vous n’ayez pas bien coupé le cordon, si on en juge par vos appels quasi quotidiens… En même temps, si ça vous aide à réussir vos béchamels, ça vaut le coup, non ? Franchement, votre mère, elle est sympa. Même votre mec l’aime bien, c’est dire ! (Ou alors il fait bien semblant.) Alors évidemment, vous êtes bordélique, trop confiante, pas cartésienne… Et elle n’y est sûrement pas pour rien, mais vous ne le vivez pas trop mal, ce sont même des défauts dont vous avez tendance à vous vanter un peu !
En fait, ce qui est génial avec votre mère, c'est qu'elle vous adore. Elle vous trouve brillante, intelligente, belle, et drôle. Elle n’approuve pas toujours vos choix, mais elle les respecte, pare que ce sont les vôtres et qu’elle vous fait confiance. Elle vous console quand ça ne va pas, vous tient la main quand vous tombez, et jubile quand vous êtes heureuse. Elle vous encourage dans toutes les directions que vous prenez. Elle est prête à parcourir des kilomètres dans son camion pourri si vous l’appelez à l’aide. Elle est la baby-sitter préférée de vos enfants. Elle vous a appris à faire du citron pressé chaud au miel quand vous êtes malade, à fêter les fêtes (des Saints) parce que tout prétexte est bon à saisir, et à sabrer le champagne à l’arrivée des hirondelles.
Alors les autres filles, si elles n’arrivent pas à voir que leurs mères aussi, font en sorte d’être les meilleures, c’est bien triste, mais c’est un peu de leur faute.
Votre mère à vous est prodigieuse. Et vous l’aimez sans conditions.
