estock_commonswiki_373747_lVivre à Quimper, c’est agréable.

Etre expatriée à Quimper, ça peut parfois être compliqué.

A commencer, quand vous êtes Nantaise, par le fait de devoir assumer votre origine. Vous ne savez jamais, au moment de dévoiler ce détail obscur de votre personnalité, si votre interlocuteur considérera que, bien que vous ne soyez pas vraiment d’ici, allez, vous êtes des leurs, historiquement vous êtes Bretonne, après tout !

Mais il peut aussi considérer qu’une Nantaise, c’est un peu comme une Parisienne qui voudrait passer pour une Bretonne… La pire espèce…

Alors, pour vous qui souhaitez juste passer pour une fille sympa, ce que vous êtes d’ailleurs, la plus perfide des questions c’est : « Ah, Nantaise, c’est bien… Alors, Bretonne ou pas ? »

En quelques instants, vous devez deviner ce qu’il attend, évaluer son degré d’implication politique, décrypter son sourire en coin… Votre cœur s’emballe, la sueur commence à perler le long de vos tempes (non pas qu’il fasse chaud, rappelez-vous, vous êtes à Quimper !)… Vous vous demandez quelle est sa logique : si vous dites « Bretonne », il peut estimer que c’est une imposture… mais en choisissant « pas Bretonne », il peut aussi croire que vous lui déclarez une guerre ouverte !

Vous affichez alors votre air le plus complice possible et tentez une pirouette : « Ca dépend pour qui ! ».

Mais si vous franchissez cette épreuve avec brio, une autre vous attend, autrement plus complexe : la langue bretonne. Que vous ne la parliez pas vous sera pardonné, vous êtes loin d’être la seule, même parmi les natifs… Mais un conseil : apprenez rapidement à lire les panneaux routiers deux fois plus vite que dans le reste de l’hexagone, parce qu’il y a deux fois plus de texte ! Et si vous êtes en retard chez des amis, ne vous avisez pas de prétexter que c’est à cause de ça. Vous pourriez vexer.

Evitez également les jeux de mots puérils. « Caniveau » au lieu de « Kenavo », croyez-moi, ça n’a rien de drôle. Et dire « la rue du Prout » pour « la rue du Frout » ne fera rire que votre fils de trois ans. Quand à « Quimper-de bottes » sous prétexte qu’il tombe parfois quelques gouttes, j’ai testé, ça fera un bide.

Reste un détail. Géographique. Vous apprendrez vite que si l’on vous parle du Nord, pas la peine d’imiter l’accent ch’ti. Même si l’on vous dit que « dans le Nord, il pleut tout le temps », ce qui, sémantiquement, peut prêter à confusion. Non, vous qui êtes désormais Quimpéroise, quand on vous parle du Nord, il s’agit du Nord Finistère. Où il pleut, c’est maintenant un fait avéré, beaucoup plus que dans le Sud.

Profitez-en pour vous procurer une carte des différents pays (glazik, bigouden, fouesnantais… ) et apprenez-la par cœur. Ca vous évitera de lancer à la cantonnade, au moment où le serveur du resto vous apporte l’addition : « Bon, on divise, hein, on va pas faire nos bigoudens ! ». Vos nouveaux amis vous dévisagent. Ils sont de Pont l’Abbé, Plonéour, Landudec…

Evitez tout de suite de vous en faire d’anciens amis. Et offrez l’apéro. Et les vins. Le repas entier, s’il le faut… Ils vous pardonneront vite, entre nous : ils sont bigoudens, après tout !