NonVous avez peu de défauts, cela va de soi.

Mais il y a une chose que vous ne savez pas faire : dire non. Oh, évidemment, avec la chair de votre chair, ça va à peu près, vous avez eu largement l’occasion de vous entraîner ! « Non, pas de télé. Non, pas de bonbon. Non, pas une cinquième histoire. Non, tu ne peux pas aller à l’école déguisé en Père Noël… »

C’est plutôt face aux adultes, en particulier ceux dont le métier est de vous convaincre d’acheter leurs produits que vous avez du mal. Ce petit gars qui a sonné l’autre jour pour vendre des fruits et légumes bio, vous vous êtes dit qu’après tout, il fallait bien se nourrir... Ah, c’est par conditionnement de 15 kg ? Vous prendrez juste des pommes, alors. Non, non, vraiment, merci. Et, avouez-le, vous êtes déjà extrêmement fière de n’avoir acheté que 45 € de pommes, qui sont en train de ramollir dans votre cuisine !

Vous ne comptez plus les newsletters d’associations caritatives qui polluent votre boîte mail depuis que vous avez participé financièrement à leur cause. Et la prospection téléphonique ? Le dîner est sur le feu, les enfants s’étripent dans la baignoire, inondant la salle de bain au passage, mais vous répondez poliment aux questions de cette jeune fille, et peut-être même qu’à la fin, vous aurez changé de fournisseur d’accès. Dans un grand moment de courage, la dernière fois, vous avez demandé à ce qu’on vous rappelle. Et le lendemain, à l’heure dite, vous avez débranché votre téléphone. Quel progrès !

Vous avez bien du vous abonner trois fois à France Loisirs, et résilier trois fois pendant la semaine de réflexion. D’ailleurs, maintenant, c’est votre technique : vous signez tout de suite, et aussitôt la porte fermée, vous préparez le courrier de résiliation. Vous gagnez du temps, celui de l’argumentaire de vente… Oui, évidemment, vous en gagneriez encore plus si, comme votre amoureux ou votre sœur, que vous admirez secrètement pour ça, vous parveniez juste à dire « Non merci, je ne suis pas intéressée, bonne journée. » Et vous fermiez la porte. En plus, le vendeur payé uniquement à la vente ne serait pas dégoûté que vous lui ayez laissé croire en une illusion… Lui aussi gagnerait du temps.

Mais non, vous n’y arrivez pas, vous avez peur de vexer, et puis vous trouvez qu’il n’a quand même pas tout à fait tort… Après tout, ça vous ferait du bien, d’être obligée d’acheter des livres (des légumes bio/ des surgelés/ des fascicules sur Jéovah…) tous les mois, non ? Ah non.

C’est d’ailleurs à cause de vous que le petit commerce est en voie d’extinction. Vous bénissez les grandes surfaces, dans lesquelles vous n’avez pas à sentir sur vos frêles épaules le regard implorant du vendeur qui a besoin de votre argent pour nourrir ses enfants… Là, au moins, dire non aux pubs, aux stop-rayons et autres promos, d’accord ce n’est pas toujours évident, mais vous y parvenez ! C’est juste un peu plus difficile d’essayer de contourner sans qu’elle vous voie la dame qui fait des crêpes en bout de rayon, les fait goûter, et vous propose ensuite de les acheter. Vous pouvez toujours prendre un paquet, pour ne pas lui faire de peine, et le planquer un peu plus loin, entre deux boîtes de conserves. Mais surgit alors l’image des employés sous-payés qui viendront ranger les rayons à 5 heures demain matin, qui vous serre le cœur…

 Après tout, des crêpes, ça fera plaisir aux enfants… Et vous pourrez toujours les fourrer aux pommes !