chausson_barbapapa_adulte_1Vous ne pensiez pas qu’à vous, ça arriverait un jour. Vous qui êtes tellement rock’n’roll ! 

 Vous qui avez vomi dans les plantes vertes d’un bar Madrilène… Vous qui avez assisté, en direct et sur place, à la mort de Carlo Giuliani, lors des manifestations contre le  G8 à Gênes… Vous qui avez rédigé la quasi-totalité de vos copies de première année de Lettres Modernes en vers, pensant que la forme compenserait peut-être la vacuité du fond… Vous qui avez fait le mur de votre pension de bonnes sœurs pour sortir en boîte de nuit… Vous qui avez osé serrer Patrick Bruel dans vos bras juste pour faire enrager vos sœurs… Vous qui êtes rentrée de lieux assez improbables en stop, et accepté les joints que les conducteurs vous proposaient…

Vous n’avez pas toujours fait des choses intelligentes, certes, et vous comprenez mieux à présent l’angoisse de votre mère dès que vous franchissiez la porte du logis familial. Vous avez agi de façon totalement insensée, mais vous avez vécu, et fichtre, c’était bon !!

Pourtant, la semaine dernière, c’est arrivé. Sans que nous n’ayez prémédité quoi que ce soit : vous êtes passée devant, et vous vous êtes dit que c’était certainement une bonne idée…  

Vous avez acheté des chaussons.

Ces choses laides et confortables, ces alliés indispensables d’un intérieur trop propre et trop silencieux… Vous rattachiez ces artifices à l’hypocrisie muette du racisme ordinaire et du désodorisant pour toilettes !  Ne pas porter de pantoufles, ça a toujours été pour vous le symbole d’une résistance sauvage au confort bourgeois ! Pour vous, c’était pieds nus ou en chaussures, éventuellement en chaussettes, mais pitié, les chaussons, ces tue-l’amour, c’est l’opium du peuple, vous les laissiez aux mous du genou !!

Mais il faut dire qu’avec cette pluie, aussi, vos orteils sont toujours trempés dans vos tennis pourries. Alors vous vous êtes dit que ce serait sûrement agréable, dans votre grande maison froide et sale, d’avoir les pieds au chaud. On ne peut pas vous en vouloir, au fond, maintenant que vous avez des cheminées, de vouloir faire un canevas au coin du feu… en pantoufles évidemment… Votre maison, avec tous ses travaux, ne pourra sans doute pas obtenir officiellement l’adjectif « confortable » avant plusieurs mois. Alors bon, une toute petite paire de chaussons, planquée dans un tiroir, que vous jurez de ne jamais sortir en public, ce n’est pas bien méchant, si ?

Sans compter qu’en faisant vos cartons, vous avez déjà donné à Emmaüs votre horrible polaire publicitaire qui vous tenait si chaud, espérant que ça vous obligerait à vous acheter un beau gros pull l’hiver prochain, ou rien, mais surtout ne plus céder au confort moche. Ne serait-ce que par respect pour votre amoureux…

Vous étiez donc pétrie de bonnes résolutions, et voilà qu’arrivent les chaussons. Et que vos pieds, bien loin de votre cerveau et de ses polémiques internes, les adorent. Vous tâchez de vous convaincre que ça n’a rien d’un pas (propre et silencieux), vers le vote FN.

Occupez-vous plutôt de déballer, enfin, les lots que vous avez gagnés ce week-end à la kermesse de l’école…

Tiens, une polaire rouge ! Et elle est confortable, hein ? Allez, je vous donne trois mois pour vous mettre au canevas… Et pensez donc à arroser vos plantes vertes, si vous voulez qu’elle soient encore là dans dix ans, pour accueillir les retours de soirées de votre fille !