atelier-velo-IconeVous n’êtes pas sportive. Vous ne l’avez jamais été, et vous le savez, c’est mal. C’est vilain… Pire encore, vous n’êtes même pas intéressée par le sport, celui des autres. Même si les sportifs sont beaux, riches et célèbres, vous retiendrez plus facilement le prénom des putes au rabais qu’ils s’offrent que celui de l’équipe dans laquelle ils jouent… D’accord, comme tout le monde, vous avez été transportée par l’élan d’émotion nationale de la Coupe du Monde 98. Il faut dire qu’il faisait beau et chaud, que vous aviez dix-huit ans, et que le Brésil tout entier semblait s’être invité dans votre ville ! Comment ne pas se fondre avec bonheur dans cette ambiance joyeuse ?

Mais ça fait tout de même treize ans, et depuis, on ne peut pas dire qu’un quelconque évènement sportif ait particulièrement retenu votre attention. Vous avez beau vous dire que ce serait bien, que ça devrait faire partie de votre culture générale de retenir deux ou trois noms de footballers connus, ou de saisir les règles du rugby… Faites au moins croire que vous comprenez comment on compte les points, au tennis !

Vous avez beau lire à peu près tout ce qui vous passe sous le nez, vraiment, l’Equipe, vous n’y arrivez pas. Ceci dit, le quotidien le plus vendu en France n’a vraisemblablement pas besoin de vous, ne culpabilisez donc pas pour ça… Quoi qu’il en soit, vous êtes bien obligée de faire preuve d’une certaine tolérance vis-à-vis de ceux qui, parmi vos proches, aimés, admirés et respectés, suivent les résultats sportifs et vont même, parfois, assister à des matches en vrai ! Avouez-le, vous affichez même une certaine fierté à évoquer votre cousin cavalier, arrivé quatrième aux Jeux Olympiques d’Atlanta…

En revanche, et malgré tous vos efforts, il vous reste un blocage. Une incompréhension culturelle, une certaine forme de racisme, même, n’ayons pas peur des mots. Vous avez roulé un peu, ce matin, en voiture, et vous les avez vus. Du haut de votre petite-bourgeoisie, plus ancrée que vous ne le croyiez, vous les avez méprisés. Ils étaient assis dans leurs pliants, le long de la départementale, terminant leur petit-déjeuner ou nettoyant leur camping-car… Certains installaient leur antenne télé, d’autres accrochaient des drapeaux, étendards de noms inconnus…

Ils n’avaient plus que quelques heures à attendre avant que passe, juste là, sous leurs yeux, le Tour de France. Ils avaient passé la nuit le long d’une route sans intérêt, bercés par le bruit des camions, pour tenter d’apercevoir, en dix secondes à peine, un troupeau de maillots en Lycra fluo…

Mais pourquoi ? Quel est le sens de tout ça ? Votre ouverture et votre empathie résistent, vous ne parvenez pas à comprendre. Vous êtes sûrement bornée. Snob. Vous ne percevez pas la poésie populaire qui éclos lorsque la glacière s’ouvre. Et heureusement que vous n’avez pas d’électeurs à conquérir, parce que le pire, avouez-le, c’est que vous vous en fichez, de cette poésie-là. Hautaine et coincée comme vous êtes, vous n’avez même pas envie d’en découvrir le moindre vers.

Evidemment, si on vous offrait des places pour Roland Garros ou un chapeau pour les courses de Longchamp, vous iriez sans hésiter… Bien sûr, c’est moins plouc. C’est un autre standing. Mais pour vous qui n’avez toujours pas compris ce qu’est un set, et qui êtes incapable de différencier un cheval marron d’un autre cheval marron, rappelez-le moi : où est le sens, déjà ?