machine-ecrire-plus-beaux-cliches-photo-macro_213356Depuis toute petite, écrire, c’est un peu votre dope. Vous avez attaqué à 7 ans votre premier journal intime, et cette petite compulsion égocentrée a perduré pendant 20 ans… Pour les mariages et les anniversaires, c’est à vous qu’on fait appel quand il s’agit d’écrire une chanson. Il faut reconnaître qu’avec une mère qui vous envoyait un poème par semaine lors de votre année de pension, le contexte était favorable ! Vous échangiez une prose considérable avec vos cousines, et depuis l’invention du mail, vous disséminez vos petits mots et longues newsletters  à tour de bras… Vos études vous ont permis moult dissertations de quatre heures, et votre premier blog a tenu plus de deux ans.

Et puis vous avez grandi, vous êtes devenue raisonnable, et vous avez trouvé que vos illusions d’écriture ressemblaient fort à celles des midinettes qui rêvent de Star Ac’ en chantant dans leur salle de bain. Pourtant vous avez continué, de façon toujours aussi déstructurée, à écrire. Lettres, chansons, poèmes, blog, mails… Des bribes de pensées que vous persistiez à éparpiller au gré de vos humeurs, pour un public restreint.

Alors vous avez encore grandi un peu plus, et vous vous êtes dit que les midinettes de la Star Ac’, si pimbêches qu’elles soient, n’avaient pas peur de tenter leur chance parmi des milliers d’autres candidats, ni de prendre le risque de se ridiculiser publiquement. Elles s’en remettraient. Elles essayaient, au moins.

Et comme cette chimère de « vivre d’écrire » vous collait à l’esprit comme un vieux chewing-gum à vos semelles, et puisque vous étiez devenue, avec l’âge, sacrément mature, vous vous êtes résolue à procéder par ordre. Ce qui a toujours manqué à votre tempérament anarchiste, c’est la rigueur. Vous avez donc décidé de vous imposer un rythme, immuable. Ouvrir un nouveau blog, ouvert à tous cette fois, et y publier une chronique par semaine. Plus pour vous seule, mais pour être lue. Grand retour de l’égocentrisme.  Et non sans fierté, vous constatez non seulement que vous tenez la cadence, mais que vous commencez à rassembler quelques fidèles !

Mais votre plan machiavélique est loin d’avoir atteint son but. Avant de prendre la pose chez Pivot, il va falloir trimer un peu, ma jolie ! Ecrire pour de vrai, et communiquer sur vos écrits, faire de la lèche aux bonnes personnes, essuyer des refus, revenir sur vos textes, communiquer encore…

 Le problème, c’est que pendant ce temps, la vraie vie continue, alors en parallèle, n’oubliez pas de poser et bander vos placos, poncer et vitrifier vos sols, peindre vos murs, débroussailler votre jardin, poursuivre votre activité salariée, vous reposer pour éviter les contractions, vous occuper de vos deux aînés, accoucher, reprendre du poil de la bête, pouponner…

Remarquez, au moins, si vous ne publiez qu’à l’âge de la retraite (dans le petit journal de la maison de repos), vous n’aurez pas l’occasion de décevoir avant !