imagesCACLMWBHDans une situation qui vous échappe, et dans laquelle vous mettez radicalement en cause l’incompétence de vos interlocuteurs, il arrive que votre rage vous souffle des envies de meurtre… Un exemple au hasard : imaginons que vous déménagiez. Supposons qu’un mois et demi après votre installation, vous n’ayez toujours pas le téléphone, ni internet. Vous n’avez pourtant pas lésiné sur les appels passés de votre portable à différents opérateurs, comme en témoigne le montant exorbitant de votre dernière facture…

Récemment, vous y avez cru, un technicien SFR a fini par se déplacer, pour constater que la ligne était –physiquement – coupée. Qu’il ne pouvait donc rien faire. Et qu’il lui fallait prendre rendez-vous avec un autre technicien, de France Télécom cette fois, afin de réparer les dégâts avec sa grande échelle. Petite irritation. Ils ne pouvaient pas s’en apercevoir avant, lors de l’installation de la ligne. Ben non, pas de bol, la ligne a du se casser entre temps. Evidemment, vous vivez en Bretagne, peut-être s’agit-il simplement d’une farce des Korrigans, qui seraient venus pendant la nuit cisailler votre ligne, histoire de se marrer. Ben voyons.

Bref, le gentil technicien prend rendez-vous, sous vos yeux, avec France Télécom, et vous vous mettez d’accord sur un créneau (la semaine suivante, faut pas pousser) pendant lequel vous pourrez être présente. Vous notez, sous ses yeux, la date et l’heure, que vous répétez, sous ses oreilles. Bien. Vous y croyez encore plus fort. Dans quelques jours, vous pourrez enfin vivre en autarcie, faire vos courses sur internet et ne plus parler qu’à vos contacts Facebook, en bonne geek…

Ledit jour arrive, l’heure approche, vous dressez l’oreille à chaque bruit de moteur dans le quartier. L’heure est là, vous sortez négligemment vos poubelle, histoire de voir si le messie du jour arrive. L’heure est dépassée, vous allez chercher votre courrier, que vous lisez dehors, même les pubs, pour faire traîner un peu. Vous surveillez chez le voisin, peut-être s’est-il trompé ? Il va bientôt falloir aller bosser, vous finissez donc par appeler. Etonnamment, les opérateurs téléphoniques sont passablement difficiles à contacter par téléphone… Mais vous en avez déjà fait l’expérience, alors vous en prenez votre parti et commencez même à n’être presque plus agacée. Plutôt blasée. Au bout de quelques tentatives infructueuses à différents numéros, quelques réorientations et de longues minutes d’attente musicale, vous finissez par avoir une vraie personne au bon service. Qui, après vérification, vous assure d’un ton soupçonneux que vous faites erreur, puisque le rendez-vous enregistré aura lieu le surlendemain à 13h30. Vous essayez de lui expliquer, gentiment d’abord, puis avec un peu plus de véhémence (bien que vous ayez encore des cours à prendre avant de réussir à vous mettre réellement en colère), de votre certitude de ne pas vous tromper, que c’est bien l’heure que le technicien vous a donnée, que de toutes façons, à 13h30 vous bossez, vous n’auriez donc pas pris rendez-vous à ce moment-là… Et d’un coup, devant la personne – le robot ? – qui vous fait face, impassible, la rage laisse place au désespoir. Les bras vous en tombent. Littéralement, vous sentez vos épaules s’affaisser et vos mains s’étaler mollement dans la terre humide. Impuissante. Mécaniquement, vous cherchez alors à obtenir un autre rendez-vous, sans succès, évidemment. Très bien, vous tâcherez de vous rendre disponible. Après tout, ce n’est pas comme si vous veniez déjà de perdre une matinée !

Et surtout, après-demain, résistez à l’envie de faire un croche-patte à l’échelle du réparateur de ligne, ou alors… attendez juste qu’il ait fini, et vous accuserez les Korrigans !