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Le « c’était mieux avant », par principe, vous n’êtes pas trop pour. Ça vous agace, ça fait vieux con. « Avant », les enfants étaient bien élevés. « Avant », il faisait chaud l’été et froid l’hiver. « Avant », on respectait les institutions… Avant quoi, d’ailleurs ? Aucune idée.

D’après vous, les temps changent, et c’est bien. Enfin, dans l’ensemble. Parce qu’il y a tout de même un point, avouez-le, sur lequel vous rejoignez le chœur des vieux râleurs. « Avant », vous semble-t-il, il n’existait pas tant de lois, ou directives, ou conseils appuyés, visant à protéger votre santé, votre sécurité…

Personne pour compter le nombre de fruits et légumes que vous ingériez en une journée. Personne pour vous équiper comme pour un raid moto lors d’une balade à vélo. Personne pour harnacher vos enfants comme des spationautes jusque dans leur poussette. Personne pour éteindre votre robinet qui coulait quand vous vous laviez les dents. Personne pour vous considérer, fumeur, comme le dernier des junkies. Personne pour vous traiter d’irresponsable si vous jetiez un morceau de verre dans votre poubelle normale.

« Avant », votre arrière-grand-mère conseillait à sa fille, enceinte, de boire un verre de vin par jour pour s’assurer un bébé en bonne santé. « Avant », la simple vue de votre ventre arrondi n’aurait empêché personne de vous proposer au moins une petite coupe de Champagne, vous excluant du même coup du cercle des trinqueurs…

Mais n’essayez même pas de vous battre, au nom de l’enfant que vous portez, la pensée saine a tous les droits, et le processus de déresponsabilisation est largement entamé. Vous avez beau être la mère, vous n’avez pas votre mot à dire. Le petit têtard qui vous pousse en-dedans dépend déjà de la Société. Vous n’en êtes que le réceptacle.

Bon, d’accord, vous admettez volontiers que du temps de Bonne-Maman, la médecine fœtale n’en était pas tout-à-fait au même point qu’aujourd’hui.

N’empêche. Cette obsession du comportement parfait, et normalisé, et unifié, vous insupportait déjà… Mais maintenant que vous êtes enceinte, les regards accusateurs que vous croisez si vous effleurez seulement l’idée d’un bon vieux camembert au lait cru, vraiment, ça vous fatigue… ! À moins qu’il ne s’agisse du bébé, qui vous pompe toute votre vitalité, puisque vous n’avez rien le droit de manger !

Enfin. N’étalez pas trop longuement vos frustrations : d’abord, Big Brother risquerait de cataloguer déjà votre enfant comme possible délinquant en puissance. En plus, on vous attend pour l’apéro : votre jus de tomate va refroidir…