jour-de-feteVous pouvez clairement fanfaronner qu’en terme de fiesta, vous n’êtes pas la dernière. Vous êtes à bonne école, puisque, petite, les échos des soirées parentales rythmaient vos semaines. Dans vos lits superposés jaunes, c’est bien souvent Jeanne Mas ou les Rita Mitsouko qui vous chantaient vos berceuses…

Alors, dès que vous en avez eu l’âge, vous avez pris le relais. Et comme c’est en vomissant votre trop-plein d’alcool sur ses chaussures que vous avez séduit votre amoureux, vous avez la garantie qu’il est bâti sur le même modèle. Inviter du monde pour, autant que possible, finir en dansant est vite devenu une nécessité vitale dans votre vie de couple.

Mais vous avez des failles et même vous, parfois, êtes fatiguée. Ou malade. Ou enceinte, et fatiguée, et malade. Il arrive alors que, par exemple après six heures de route pour arriver dans votre charmante location entre amis dans le Tarn, vous vous mettiez vers vingt-trois heures à penser de manière obsessionnelle à votre dernier Fred Vargas, et qu’à minuit, grâce à l’excuse de votre gros ventre (un excellent passe-droit en de nombreuses occasions), vous preniez congé pour monter vous coucher.

Mais pas vos compagnons de vacances, trop heureux de fêter votre arrivée. Et comme vous avez accepté, avec une gêne feinte, la meilleure chambre – flanquée de sa salle de bain particulière – et que celle-ci se trouve juste au-dessus du salon dont le plafond n’est pas isolé, vous avez un peu de mal à vous concentrer sur l’enquête du commissaire Adamsberg. Et, bizarrement, les chanteurs français des années 80 vous bercent nettement moins bien que quand vous aviez huit ans. Peut-être parce que le son augmente brutalement à chaque nouvelle chanson. Ou parce que celle-ci est ponctuée de hurlements bestiaux… En cet instant précis, vous haïssez ces gens avec qui vous vous apprêtez pourtant à passer une semaine, prétendument idyllique.

Le moment n’est pas sans vous rappeler cette nuit, vous deviez avoir vingt ans, et viviez en appartement avec votre sœur aînée. Vous aviez décidé de ne pas sortir ce jeudi soir : des partiels, peut-être… Ou la cuite de la veille. Il est deux heures du matin, vous dormez à poings fermés, lorsque, en l’espace de cinq minutes, l’appart est envahi par une bonne vingtaine d’amis de votre sœur avinés. Certes bienveillants, puisque lorsque vous sortez de votre chambre, en pyjama, ils vous accueillent joyeusement : « Ouaiiiiis !!! Tu vas bien prendre un verre ?!! ». Joyeusement, et bruyamment. Vous retournez vous asseoir sur votre lit, et pesez le pour et le contre : vous ne pourrez pas dormir, mais vous ne pourrez pas les virer. Ça vous demanderait trop d’énergie, et vous n’avez pas envie de passer pour une briseuse d’ambiance. Vous enfilez donc un jean, et les rejoignez pour boire un whisky-coca. Ou même deux.

Retour dans le Tarn, dix ans plus tard… Vous ne voulez toujours pas jouer les trouble-fête, vous êtes peut-être un peu bonne poire ? Après tout, ce n’est pas parce que vous êtes la seule couchée qu’ils ne doivent pas respecter votre sommeil ! Ou alors, c’est peut-être que vous avez tellement de souvenirs festifs, que vous parvenez parfaitement à vous mettre à leur place : on rigole, on picole, on farandole, et le reste on s’en fout. Bon, vous n’allez pas jusqu’à redescendre vous servir une bière sans alcool, mais vous laissez faire, et entamez un nouveau chapitre.

Vous avez sans doute bien fait, parce qu’hier soir, en pleine forme, alors que vous étiez la dernière sur la piste, on n’a pas manqué de vous rappeler cette autre fois ou vous étiez venue baisser un peu la musique… Vous êtes mortifiée qu'on vous associe à cette intervention rabat-joie.

Efin... Que celui qui n’a jamais rêvé d’aller se coucher en pleine fiesta vous jette la première bière !