photocabine2Bientôt la rentrée. Pour vous, ce sera quasiment synonyme de « vacances », mais pour vos enfants, évidemment, ça se prépare. En particulier parce qu’ils entrent dans une nouvelle école, et pour l’une, en CP. Qui, comme chacun sait, n’est pas une étape de gonzesse dans leur scolarité, à l’instar de la sixième.

Alors pour la première fois, vous avez eu droit à une liste de fournitures : grande émotion. Le même type d’émotion que le soir ou vous avez pris votre première baby-sitter, où la première fois que vous avez dit « Tu finis tes haricots, sinon pas de dessert. ». Le genre qui fait tout drôle, parce que la dernière fois que vous aviez entendu cette phrase, c’est à vous qu’elle était adressée. Et hier encore, la baby-sitter, c’était vous.

Quand aux fournitures scolaires, vous avez profité d’une journée seule avec votre aînée pour vous en charger, tâchant de lui présenter la chose comme un moment privilégié, et un peu solennel. Certes, elle a surtout retenu qu’après les courses, vous iriez déjeuner au Quick et ça, c’était vraiment la teuf… 

Vous avez tâché de respecter scrupuleusement la liste, tellement vous vous souvenez à quel point ça peut être gênant de sortir du lot. Ne serait-ce que parce qu’on a une règle en plastique quand tous les autres ont une règle en fer !

Et puis, bien sûr, il a fallu choisir un cartable. Pour vous, le symbole fort de cette rentrée en CP résidait entièrement dans ce cartable. Vous y mettiez toute votre fierté de mère, et saviez qu'il donnerait de votre fille une image plutôt qu’une autre dans sa nouvelle école. Donc évidemment, les effigies de dessins animés étaient totalement exclues. Tout comme les couleurs de survêt des années 90. Et puis il fallait quelque chose de solide, qui tienne pendant toute la durée du primaire. Pas une daube en synthétique cousue par des petits asiatiques de huit ans. Qui ne verraient jamais d’autres cartables que ceux qu’ils fabriquent, vraisemblablement.

Et puis ça faisait quinze jours que vous cherchiez sur internet, comprenant avec dépit qu’un cartable esthétiquement satisfaisant et qui tienne un peu la route valait un certain prix. Le matin même, entre filles,
vous avez fait un tour en ville, histoire de marquer cette journée « spéciale » avec un tour de manège et des vêtements de rentrée. Vous avez alors failli acheter le joli cartable Kickers dans une maroquinerie, mais vous vous êtes dit que vous aviez le temps d’en voir d’autres. Il ne fallait pas vous jeter sur le premier venu. Ce qui est valable dans bien d’autres domaines, d’ailleurs.

Mais voilà. La matinée touchait à sa fin, vous aviez enfin trouvé le double-décimètre gradué plat en fer, cette grande surface vous insupportait, et votre ventre réclamait sa malbouffe…  Alors, devant le rayon des cartables, vous avez pensé que tout de même, ce serait bien d’en finir maintenant… Et votre fille s’est mise à serrer contre
son cœur en larmoyant, façon « je joue dans une série télé », un immonde cartable synthétique violet et vert, orné d’un monstrueux chat satanique.

« Certainement pas », avez-vous pensé. Mais vous avez quand même regardé le prix, par acquis de conscience. Moins de la moitié de celui du Kickers. Et vous avez vérifié, simple curiosité, si le grand classeur rentrait dedans. Oui, parfaitement. Il lui plaisait tellement, après tout… Et puis, avec vos notions de sociologie, vous avez estimé que dans sa nouvelle école/publique/de banlieue/de province, elle passerait certainement plus inaperçue avec ce cartable qu’avec n’importe quelle autre marque réputée.

Bon, c’est d’accord. Certes, vos principes se sont vite envolés face à l’idée d’un hamburger. Oh, et puis, avec un peu de chance, les petits taïwanais ont mal fait les coutures, et il ne tiendra pas l’année… Dans ce cas, l’an prochain, c’est juré, vous tenez vos engagements !