femmes-assises-a-la-terrasse-d-un-cafeBon, alors ça, c’est fait.

Vous saviez que cette rentrée allait se faire comme dans du beurre pour votre fille (il faut dire qu’avec un cartable comme le sien, rien ne pouvait lui arriver d’affreux, maintenant !), et dans le sang et les larmes pour votre fils. Sans sa dominatrice de sœur dans cette nouvelle école, il allait devoir s’accrocher !

Et ça n’a pas loupé : vous avez évité le sang, c’est déjà pas mal. En revanche, pour les larmes, il a mis la dose !Heureusement, son père était là et vous avez pu lui laisser le fruit de vos entrailles pour aller verser les vôtres dans un coin tranquille…

Parce que votre rentrée, à vous, on ne vous a pas vraiment demandé, et pourtant… Pourtant vous en aviez, vous aussi, des copains, dans l’ancienne école ! Vous aussi avez scruté les têtes des autres parents pour pouvoir porter un jugement hâtif et arbitraire sur ces gens que vous allez être amenée à croiser matin et soir… « Gros beauf », « Salope », « Coincée », « Tête de nœud », et «  Ah, tiens, elle a l’air sympa celle-là ! Mmmh ! Gros canon à 10h10 ! ». Mais honnêtement, faire ces commentaires toute seule dans votre tête était nettement moins drôle que les discussions de retour de vacances qui devaient se dérouler au même instant au café voisin de l’ancienne école, où l’on voit traditionnellement se retrouver, vers neuf heures chaque matin, un certain nombre de parents d’élèves…

Vous auriez bien pu les retrouver, d’ailleurs, mais après avoir abandonné votre progéniture larmoyante, vous étiez vous-même dans un état si pitoyable que vous avez craint de les effrayer avec vos yeux de lapin myxomatosé.

Vous vous êtes dit que c’était déjà votre quatrième rentrée en tant que parent, et vous avez repensé avec émotion à la première : vous aviez réussi à ravaler vos larmes pour participer au café d’accueil offert par l’association de parents d’élèves. Vous ne vous doutiez pas, alors, que cette fille qui parlait très fort et très souvent le faisait tout le temps, et que vous vous inquiéterez le jour où elle se tairait. Que le grand barbu qui vous proposait gentiment un café, vous proposerait tout aussi gentiment une vodka quelques mois plus tard, chez vous. Que cette brune à tignasse de lionne tomberait à la renverse sur votre canapé. Que cette bombasse célibataire serait en fait si attachante. Que vous feriez découvrir à ce type trop bien élevé la boîte la plus pourrie de la ville. Que cette blonde trop jolie pour inspirer confiance partagerait avec vous ses dernières bières sans alcool, quand vous seriez toutes les deux enceintes. Que cette fille à la voix douce vous hurlerait dessus de rire quand vous tricheriez à Time’s Up. Que ce blond qui se la pétait un peu choisirait votre amoureux comme parrain pour son fils. Que cette rouquine rigolote partagerait avec vous tant de cafés et de confidences. Que cette armoire à glace déménagerait à lui seul la moitié de votre maison. Que cette brune à gros seins vous hébergerait plus d’un mois quand vous seriez à la rue…

Vous avez pensé à tout ça dans un flou Hamiltonien, accompagné d’une musique de pub pour Pedigree Pal, et vous vous êtes aigrie à nouveau, pensant que de toutes, façons, vous n’aviez pas besoin de vous faire de nouveaux amis.

Puis vous êtes rentrée chez vous. Et vous vous êtes dit que ça y était, vos journées vous appartenaient à nouveau. Mais après une sieste, quelques coups de fils et un tour sur internet, il était déjà 16h30, l’heure d’aller chercher les enfants. Vous étiez heureuse de les récupérer, mais au bout d’une heure, vous avez pensé…

« Vivement demain ! »