2332794549_1Déjà, aller en boîte, c’est un drôle de concept en soi. De la musique très très fort, des gens très très serrés, des boissons très très chères… Mais bon, ça peut séduire ! Cette effervescence collective qui vous monte au cerveau, cette ambiance de drague permanente qui met vos sens en éveil, il y a diablement de quoi vous faire rentrer à sept heures du matin, passablement éméché(e) et même accompagné(e) (alors que vous étiez arrivé(e) en célib').

Et tout ça, entre 18 et 25 ans, est parfaitement justifiable. Quand on commence à gagner sa vie mais qu’on n’est pas encore écrasé sous les charges, quand on pourra se réveiller le lendemain à quatorze heures si on le souhaite, et non à sept heures trente pour le premier biberon, quand aucun engagement moral ou marital n’empêche d’assouvir ses pulsions sexuelles avec le premier venu… Bref, quand on est jeune et insouciant, tout semble encourager à ce genre de folâtrerie.

Mais après ? A trente, quarante ans ? Bien souvent, on a changé de rythme, et bien que les festivités sociales n’aient pas toujours perdu leurs attraits, elles prennent généralement d’autres aspects. On est vieux, et si on paie des charges c’est parce qu’on a une belle maison. Avec de la place, pour recevoir les copains. Ah, il est loin, le studio d’étudiant, dans lequel la table de chevet servait aussi de table d’apéro, puisque le lit simple faisait un honnête canapé ! Vous pouvez même vous faire des restos, mais pour la fièvre du samedi soir, vous aimez autant que ce soit chez vous. Ou chez des amis, mais dans un endroit ou vous pourrez discuter sans hurler. Choisir la musique. Vous resservir sans payer du bon vin que vous avez apporté. Faire pipi en vous asseyant sur la lunette (et sans étaler dessus une double épaisseur de PQ).

Vous avez également moins de risque, chez des amis, comme c’était le cas en boîte à 20 ans, de vous faire draguer lourdement par un vieux beau. Vous savez, celui qui se la pétait sur sa banquette avec ses bouteilles à prix d’or, quand vous faisiez exploser votre découvert avec un seul whisky-coca. De toute façon, si aujourd’hui vous, homme, retournez en boîte, alors que vous n’y avez pas mis les pieds depuis dix ans, ce sera vous le vieux beau ! N’essayez pas de faire un tour sur la piste, ou les minettes de 18 ans vous regarderont d’un air hautain et un peu dégoûté. Si vous êtes une femme, ne rêvez pas, l’attrait des jouvenceaux pour les cougars n’est valable que si vous vous appelez Demi Moore ou Madonna…

D’ailleurs, honnêtement, qu’est-ce qui incite les trente ou quarantenaires à retourner en boîte ? Bien souvent, c’est une sorte de nostalgie adulescente  qui les pousse, un jour ou l’autre, à retenter cette ancienne expérience. Une sorte de madeleine de Proust qui, une fois évoquée, veut qu’on y croque pour comparer son goût à celui d’autrefois… Quand bien même on n'y aurait mis les pieds que trois fois dans sa vie ! Alors forcément, ce n’est qu’une fois sur place qu’on réalise que la moitié des personnes présentes pourraient presque être vos enfants (oui, bon, techniquement, en tous cas). Et qu’on ne reconnaît pas les musiques… Pour compenser, on prend des bouteilles, histoire de prendre sa revanche sur le passé… C’est alors qu’un petit jeune s’approche (ah, vous voyez que je peux encore plaire !) :

     - Excusez-moi, Madame. Oui. Il a bien dit « Madame ». Je crois que vous avez laissé vos phares allumés. Mais comment peut-il savoir qu’il s’agit de ma voiture ? Il y a 200 personnes, dans cette boîte ! C’est bien à vous, le Renault Espace, au milieu des scooters ?