manif-prostituees-07[1]Pour une fois, vous avez un avis.

Bon, il n’est pas encore très tranché, si on souffle dessus un peu fort, il peut encore jouer les girouettes. Mais vous voyez ses contours se dessiner avec un peu plus de précision que d’habitude…

En général, les sujets d’actualité, non que vous n’en pensiez rien, bien au contraire, mais s’il s’agit de choisir un camp, vous avez du mal. D’abord parce que vous n’êtes pas économiste, ni politologue, ni sociologue, donc peu qualifiée pour de nombreux sujets. Et votre vrai problème, c’est l’empathie. Vous considérez que les gens qui défendent avec véhémence par exemple, tiens, le port de l’uniforme à l’école, ont le sentiment sincère que c’est éducatif et égalitaire. Mais ceux qui trouvent l’idée rétrograde et liberticide sont tout aussi sincères… Souvent, les arguments d’un camp comme de l’autre sont poussés et intelligents. Alors, après avoir écouté tout le monde sans en placer une, si on vous demande votre avis (mais en général, votre avis on s’en fout, les gens qui en ont un préfèrent s’écouter parler), vous dites que d’un côté, c’est vrai, mais de l’autre, c’est pas faux non plus… Ou alors vous sortez une bonne grosse grivoiserie, histoire de détendre l’atmosphère, et dans les deux cas vous passez pour une fille pas très futée. Si en plus vous avez des gros seins, c’est foutu, vous êtes d’office cataloguée « décérébrée ».

C’est pourquoi il vous est si précieux d’avoir un avis sur le projet de loi visant à pénaliser les clients de prostitué(e)s. Il se trouve que d’aucuns considèrent la prostitution dans son ensemble comme une violence faite aux femmes. Vous vous souvenez avec dégoût du soir où, petite fille, vous avez vu une femme très belle, très jeune et peu vêtue au bras d’un homme très gros, vieux et laid. C’est l’image que vous avez longtemps gardée de la prostitution. Image à laquelle sont venues s’ajouter d’autres, toujours plus trash, comme dans le film Chaos, de Colline Serrault, ou l’on drogue et viole des femmes pendant des semaines dans des maisons de dressage, afin de les briser et les aliéner définitivement…  Evidemment, face à cela vous vous dites que le client est un pervers, que si on le punit ce sera bien fait, que sans demande, plus d’offre…

Pourtant vous ne pouvez pas vous empêcher de penser que stigmatiser les putes, qui existent sans doute depuis que le sexe existe, c’est un peu faux-jeton. Que dans n’importe quel boulot on utilise son corps, son esprit on les deux, que ce n’est pas pour ça qu’on se « vend » à son patron. Qu’il s’agisse des bras ou du sexe, entre adultes consentants, quelle différence ? Alors certaines lectures, ici ou là, et surtout là, s’ajoutent à votre sentiment et finissent d’emporter votre adhésion.

Punir la traite humaine, la prostitution des mineurs, le proxénétisme, les réseaux mafieux… Evidemment, et des deux poings.

Mais admettre, et accepter, qu’il existe une prostitution choisie, un travail du sexe guère plus humiliant que de faire des animations en grande surface, et qui mériterait de meilleures conditions, voilà votre avis.

C’est décidé, si on vous le demande, vous le donnerez. Et entendre une fille parler de prostitution, qui sait, ça peut intéresser.

Surtout si elle a de gros seins.