course_jouet[1]Vous vous l’étiez promis ; cette année, vous seriez à l’heure.

D’ailleurs vous étiez bien partie, dès septembre vous y pensiez, projetant une arrivée de bébé numéro trois début décembre… En qualité de vieille routarde de la maternité, vous saviez qu’en décembre, vous seriez débordée.

Il fallait donc AB-SO-LU-MENT que tous vos cadeaux soient faits fin novembre.

Oui mais voilà, il y avait d’autres urgences. Et puis vous étiez (encore) un peu à sec, en matière de trésorerie. Et puis de toutes façons, ni les enfants, ni les grands ne vous avaient envoyé (déjà) leur liste au père Noël… Alors évidemment, fin novembre, rien n’était acheté. Ni fabriqué, d’ailleurs, ce serait tellement sympa un cadeau fait maison ! Mais pas d’angoisse, il restait deux semaines avant la naissance, vous étiez encore large. Seulement voilà, bébé n’ayant pas checké son agenda, elle est arrivée en avance. Ce qui, dans l’absolu, n’était pas pour vous déplaire…

Mais évidemment, niveau cadeaux, ça vous a complètement foutu dedans. Et après, comme prévu (au moins une composante que vous aviez réussi à prévoir), vous étiez débordée. Vous avez tout de même réussi, entre deux biberons, à remplir un peu votre hotte. Malgré cela, de fil en aiguille, vous vous êtes finalement retrouvée, un 23 décembre à 17 heures, dans une galerie commerciale.

Quiconque a juste une légère notion de ce qu'est la vraie vie de la France d'en bas peut mesurer la portée hystéro-dramatico-agoraphobique de la situation. Il se peut qu'on n'ait pas trouvé de meilleur titre pour un film d'horreur depuis longtemps. « 23 décembre à 17 heures dans une galerie commerciale »... Ces seuls mots doivent en faire frissonner plus d'un. Sans compter que vous trimbaliez dans votre caddie, pour une raison indépendante de votre volonté, un bébé de tout juste un mois.

Alors, mue par un courage et une dévotion dignes des mères de famille des générations passées, vous avez arpenté les rayons dévastés par des clients avides... Mesurant votre chance, vous avez arraché le dernier Flynn Ryder* à une mère dont la fille se contenterait d'une quelconque Barbie. Devant les Playmobils, vous vous êtes laissé le temps d'hésiter entre les pirates et les chevaliers, malgré la foule pressée et aigrie, ces gens pour qui vous ne pouviez pas vous empêcher de ressentir une once de compassion : leur retard sur le programme des festivités, leur manque d'organisation, leur rôle de figurant, comme vous, dans cet horrible film... Tout ça ne vous empêchait pas de les détester intensément lorsque vous les voyiez s'agglutiner aux caisses de cette grande surface surchauffée, responsables de votre temps perdu...

Ils vous renvoyaient à votre propre sentiment de loose totale et récurrente, puisque tous les ans vous vous faites avoir de la même façon. C'est simple, vous n'arrivez pas à comprendre pourquoi. Pourtant tous les ans, Noël tombe un 24 décembre !

Alors là, non mais vraiment, c'est décidé, on ne vous y reprendra pas, vous achèterez vos cadeaux tout au long de l'année (ce qui en fait quand même environ deux par mois), de façon à ce que votre humeur ne soit pas aussi massacrée que votre portefeuille... Quoique...Vous êtes quand même super large, là. Maintenant que c'est terminé, vous avez bien d'autres priorités.

Comme par exemple votre réveillon du 31, qui se fait chez vous alors que vous rentrez à la maison le 30. Vous avez entendu parler du film d'horreur « 31 décembre : panique en grande surface » ? On recherche des figurants...

 

*Ceux qui savent qui c'est comprennent, les autres s'en foutent certainement...