guiDepuis toujours, commencer une nouvelle année, ça vous fait tout chose. Vous adorez vous équiper en calendriers, agendas et cahiers vierges. Vous jubilez à prendre des milliers de résolutions qui, même si vous savez pertinemment qu’elles ne seront pas tenues, vous donnent l’illusion d’écrire une nouvelle page de votre existence. Oui, carrément : chaque année, c’est votre existence toute entière qui se renouvelle. Ce qui vous fait au moins ça de commun avec les chats, soit dit en passant.

Si vous aviez un curé sous le coude (et si vous faisiez toujours confiance aux curés), vous iriez sûrement vous confesser. Histoire de purifier votre âme de pécheresse et repartir sur des bases saines.

Pourtant cette fois, rien de tout ça. Comme si vous preniez enfin conscience qu’un premier janvier, ce n’est rien d’autre qu’une date. Comme la veille, et comme le lendemain. Et qu’au bout du compte, au douzième coup de minuit vous ne deviendrez pas, comme par enchantement, beaucoup plus bonne que la plus bonne de vos copines. Ou plus intelligente, plus drôle, plus riche, plus créative, moins accro à vos addictions, plus volontaire, mieux organisée (rayez la mention inutile)… Bref, vous avez sans doute compris que les changements positifs supposément apportés par les résolutions de nouvel an sont juste du bluff. Vos résolutions, vous pourriez les prendre le 19 avril, ce serait pareil… Vous ne les tiendriez pas plus. Alors à quoi bon ?

Oui mais n’empêche, ça vous manque. Le coup de la page blanche à écrire, du moi tout neuf de la meuf qui se lance dans l’an neuf, c’était bon ! Pourquoi ce sentiment vous échappe, désormais ? D’où vient cette indifférence ? Encore un coup de votre âge, une petite preuve supplémentaire que vous devenez enfin adulte ? Vous croyez sans doute ne rien pouvoir provoquer de nouveau et de positif… Vous avez perdu toutes vos illusions ? C’est trop triste !...

Peut-être aussi que vos changements, vous les avez déjà bien attaqués, et qu’au fond vous n’avez pas vraiment envie d’effacer tout ça pour en commencer de nouveaux… Votre renouvellement est en cours, vous voulez plutôt jouer les prolongations. L’année passée vous a déjà apporté une maison canon, un bébé cool (et canon aussi, bien sûr), et un petit rendez-vous hebdomadaire avec votre clavier, qui vous épanouit au plus haut point. Entre autres délicieux moments.

Voilà sans doute pourquoi la grande page blanche annuelle ne vous stimule pas autant que d’habitude. Une petite vous attend chaque semaine, qui vous inspire beaucoup plus. Cinquante-deux pages blanches à remplir cette année, s’il en fallait une à tout prix, la voilà votre résolution !

Ah, vous vous sentez déjà mieux. Gonflée à bloc, l’année peut commencer… Mais il manque encore une chose : demain, vous passerez voir votre banquier. Juste pour qu’il vous offre un calendrier. Un grand, un cartonné. Tout neuf.