securedownloadParler de la neige quand il neige, c’est un peu facile. Parler de la neige quand il fait beau chez vous, ça a déjà moins de sens. Pourtant, ce week-end vous n’étiez pas chez vous, et il a neigé. Vous êtes sortis de cette belle fiesta, il devait être trois heures du matin, et la neige tombait à gros flocons dans les rues de Nantes. Les réverbères avaient l’air de fonctionner au gaz tellement c’était romantique, tout ce blanc dans la nuit noire. Enfin, « romantique » dans le sens « romanesque », parce que le « romantisme » dans le sens « ça va finir au plumard », avec votre amoureux qui lançait des boules de neige en ricanant et votre sœur qui se roulait par terre, c’était pas gagné.

En tous cas, vous les avez compris, ces journalistes qui d’un coup, trouvent la neige plus intéressante que la situation de la Syrie ou de l’Afghanistan. Tout est lavé plus blanc que blanc, même les crottes de chien disparaissent, et tout le monde redevient aussi bête qu’un gosse de quatre ans. Les vôtres ont beau être extrêmement éveillés, globalement, un enfant de quatre ans ça n’a pas inventé le fil à couper l’eau chaude.

C’est vrai, c’est incroyable comme phénomène ! D’accord, en France on n’en a pas souvent. Mais en présence de neige, l’euphorie gagne tout le monde : vous avez vu des types en costard lever la tête et tirer la langue, avant de se planquer avec un sourire en coin. Vous avez vu des grands-mères faire des bonshommes de neige dans leur jardin… Comment le dire autrement qu’avec ce lamentable cliché : quand il neige, votre âme d’enfant se débarrasse enfin de sa lourde carapace d’adulte sclérosé par toutes ces années de formatage social, et va s’ébrouer tel un chiot fou parmi les landes immaculées.

Alors forcément, vous qui êtes comme tout le monde, vous étiez bien contente d’être à l’endroit où tombait la neige, impassible manège*, quand chez vous il pleuvait. Qui a dit « encore » ? Et le ravissement de vos enfants, du délire, déjà voir leurs cousins c’était bien la teuf, mais en plus mettre des bottes et des blousons sur leur pyjama pour jouer dans un jardin enneigé, alors là c’était carrément la déglingos-party ! Parce que si les adultes redeviennent enfants en présence de neige, il faut savoir que les enfants, eux, deviennent juste des gros tarés ! On aurait dit qu’ils s’étaient enfilés trois mojitos avant de sortir.

Et puis il a bien fallu rentrer, même pas peur, t’inquiète maman, on va rouler doucement, et puis tu sais, les grands axes… Vous êtes partis avec des phrases d’adultes, allez hop, une dernière boule de neige sur le pare-brise, un coup de klaxon pour dire au-revoir… Trois heures après, vous étiez chez vous, à Quimper.

Effectivement, il n’avait pas neigé. Il y avait surtout de la boue et il faisait plutôt doux. Un peu déçue quand même, vous êtes rentrée dans la maison. Là non plus, il ne faisait pas froid. La porte d’entrée n’est pas isolée, et puis vous chauffez à l’électrique, alors quand même, vous faites attention aux factures… Vous avez senti votre âme de quatre ans se glisser subrepticement dans sa carapace de trente-et-un ans.

Finalement, vous étiez presque soulagée qu’il n’ait pas neigé chez vous. Parce que vous avez une âme d’enfant, certes, mais un compte en banque d’adulte.

 

*Adamo bien sûr !