jardinage-en-famille_940x705J’ai toujours considéré que le jardinage était un truc de vieux. Une activité de grands-parents aimables, comme la belote ou le bridge. Certainement agréable, à les voir désherber leurs plates-bandes avec entrain, mais sans doute un peu vain. Un perpétuel recommencement, et puis dompter la nature sauvage, pourtant si belle à l’état brut, c’est une idée un peu autoritariste, non ?

Biner, bêcher, bouture, tourbe… Même le vocabulaire du jardinage se donne des allures un peu désuètes. Voilà des mots qui sonnent proprets. Chiants, même, allons-y franchement. Sans compter que pour jardiner, il faut avoir un jardin, pour commencer, ce qui n’est pas le lot de beaucoup d’étudiants branchés. Et il faut surtout avoir le temps. C’est un travail de longue haleine, dont le résultat n’apparaît qu’au fil des saisons. Alors évidemment, qui a plus de temps qu’un retraité ? Non, vraiment, se casser le dos et s’égratigner les mains au printemps, pour s’extasier en été sur la couleur des hortensias, ce n’était pas franchement ma came. D’ailleurs je peux le dire, maintenant, même si je vis en Bretagne : j’ai toujours eu HORREUR des hortensias.

Seulement voilà. Maintenant que je suis une grande fille, j’ai un grand jardin. Très grand, même. Alors bon, je me disais qu’il suffirait d’un coup de tondeuse de temps en temps, activité qui n’avait pas l’air de déplaire à mon amoureux. Ouf. Pour le reste, c’était déjà très joli, et pourtant à l’abandon depuis un moment, donc ça continuerait à pousser tout seul, on n’allait pas s’emmerder avec ça, on avait déjà assez à faire dans la maison, et avec les enfants. La question était réglée, et sa résolution me convenait parfaitement.

Et puis l’autre jour, je suis sortie de chez moi. Jusqu’ici tout va bien, ça m’arrive quand même assez régulièrement. Mais là, en ouvrant la porte, elle m’est arrivée en plein nez (que j’ai assez développé, certes). Une odeur incroyable, une odeur fleurie et terreuse, une odeur d’herbe et d’enfance, de soleil, de quiétude et de joie… Oui vraiment, tout ça en même temps, je n’avais rien fumé et ça m’a fait sourire niaisement. C’était l’odeur de mon jardin avant l’arrivée du printemps, et je l’ai savourée. J’ai profité d’un véritable instant de bonheur, et je me suis dit que je ne pouvais pas laisser passer ça.

Alors voilà, c’est comme ça que c’est arrivé, je me suis mise à jardiner. J’ai pris en photo les bulbes de tulipes plantés par ma mère il y a trois mois (parce que moi, ça me gonflait) et qui commencent à sortir. J’ai arraché des ronces et du lierre, en prenant soin de ne pas défoncer le mur de pierre que les racines retiennent. J’ai râlé sur mon amoureux qui avait tondu comme un bourrin, sans contourner la multitude de touffes de jonquilles à deux doigts d’éclore. J’ai appelé ma mère (encore elle) pour savoir comment couper ma glycine pour qu’elle fleurisse bien. Et surtout, bon Dieu, j’ai taillé, taillé et retaillé les milliards d’hortensias qui peuplent mon jardin !

Et le plus fou dans tout ça, c’est que j’ai pris mon pied… Vraiment, j’ai kiffé cette sensation d’avoir le temps, ou en tous cas, de le prendre. Le temps de laisser mon fils de quatre ans couper des massifs avec moi, même si ça ralentit sérieusement l’action, parce que c’est pas grave, l’important c’est le plaisir qu’on prend ensemble ! Quel bonheur, cette impression de se vider la tête et de pourtant devenir plus sage. Encore un peu, et je pourrais créer un PowerPoint beauf sur le thème « Carpe Diem » avec des photos de dauphins dans le soleil couchant, et il partirait faire le tour du monde à l’instar de toutes ces irritantes chaînes de mails.

Mais il y a pire. J’ai VRAIMENT hâte de comparer mes hortensias avec ceux de ma grand-mère.