sweetheartbitsww2Mon féminisme fait profil bas. Il est là, tapi dans l’ombre, prêt à s’afficher discrètement au détour d’un texte ou d’une conversation, m’empêche de rire aux blagues sexistes, et essaie d’orienter l’éducation que je donne à mes enfants. Il prend un malin plaisir à me faire parler de cul ou mieux, de règles devant un public mixte et me conseille de prendre une vraie bière plutôt qu’un panaché. Quel culot !

Mon féminisme n’est pas politiquement récupérable, il n’est plus militant parce qu’il est un peu volage, il construit ses théories au fil des idées qu’il croise, au cours de mes lectures. Mon féminisme est un peu trop discret, peut-être parce qu’il a peur que je me fasse traiter de « jaune » par les puristes de la déconstruction des genres, qui considéreraient mon schéma de vie actuel, par trop classique, comme une abjecte traîtrise à la Cause…

Et puis il faut bien dire que mon féminisme est salement conciliant, sournoisement diplomate… Un vrai présidentiable en campagne ! En même temps, c’est normal que mon féminisme veuille rassembler les foules : il se trouve tellement légitime ! Il est même un peu jaloux de l’antiracisme, que personne n’oserait contester. Mais personne ne désavoue mon féminisme à moi, qui est d’accord avec tout le monde… A croire qu’il a suivi des cours de marketing, contrairement à l’Eglise et au Parti Communiste, parce que tout le monde l’aime bien, il ne fait peur à personne.

C’est pour ça que mon féminisme dit des Chiennes de Garde que « Ah oui, c’est vrai, elles exagèrent ! » alors qu’il pense qu’elles ont quand même les ovaires bien accrochés. Mon féminisme dit aussi « Rho oui, tu penses, réformer l’orthographe, il y a quand même des combats plus importants… ! ». Alors qu’il a consacré tout un chapitre de mon mémoire de fin d’études à la question du langage, qui préexiste et construit la pensée, et de fait est l’un des nombreux facteurs de la domination masculine. Et pas des moindres.

Parce que mon féminisme se dit qu’à force de se mettre tout le monde à dos, les autres féministes font reculer le combat… Alors qu’en caressant les plus misogynes dans le sens du poil, mon féminisme pense pouvoir les retourner comme des crêpes ! Du coup, mon féminisme sait se faire délicat, un convive agréable, amusant même, qui pimente juste un tout petit peu les conversations, mais surtout sans filer la chiasse…

Pourtant, issu de la sensation lancinante et très déplaisante qu’être née femme est un particularisme handicapant,  mon féminisme est bien présent. Il me fait toujours monter une boule dans la gorge face aux IVG culpabilisées, ou les larmes aux yeux devant le nombre de viols. Et une nausée tenace lorsque, parfois, à la fin d’un repas, les filles se lèvent pour débarrasser quand les garçons vont fumer dehors. Quid d’une réaction volcanique ? Mon féminisme ne voudrait pas irriter la famille, tout de même…

Alors quand ma fille de 7 ans m’affirme qu’elle n’aura pas besoin de travailler, puisqu’elle se mariera avec un homme très riche, encore que ça l’embête de se marier, parce qu’elle devra faire le ménage, la cuisine et tout ça…

Je me dis que mon féminisme va sérieusement devoir sortir du placard, parce que là, comment dire… c’est une vraie gonzesse.