south_park_chefLorsqu’on est enfant, rien ne semble aussi ennuyeux qu’un repas qui s’éternise. Les conversations d’adultes soporifiques, l’attente entre chaque plat (puisque quand une assiette arrive, on la boulotte en deux minutes, c’est le principe de l’alimentation, non ?), et les mets élaborés qu’on est sensé goûter, au moins, par politesse, alors qu’on se serait largement satisfait d’un jambon-coquillettes. Au Ketchup, si possible. Sans parler des « Tiens-toi droit ! » et autres « Ne mets pas les coudes sur la table ! »…

Et puis, en grandissant, les plaisirs de la table apparaissent plus clairement. Et même si finir un déjeuner à seize heures me donne toujours l’impression d’une journée de foutue en l’air, je ne boude pas les délices d’un dîner entre amis. Les conversations, hier barbantes, m’intéressent aujourd’hui. Les blagues moisies, hier incomprises, me régalent bêtement. Et au-delà de la joie des retrouvailles (même si on s’est vu la veille), le plaisir d’une bonne bouffe, grande nouveauté, compte aussi.

Comme j’y attachais peu d’importance jusqu’à présent, quand c’était chez moi, je me contentais bien volontiers d’apéros prolongés, où la participation gastronomique de chacun était demandée. De la convivialité comme s’il en pleuvait, mais surtout sans passer la journée aux fourneaux !

Mais depuis quelque temps, à cause de mon grand âge vraisemblablement, le menu m’intéresse aussi. Il m’arrive donc de recevoir des gens pour dîner, c’est-à-dire qu’à un moment l’apéro se termine, et même si on n’a pas mangé toutes les toasts, on passe à table, la vraie, avec des chaises et des assiettes.

Et dans ce cas-là, les copains, j’essaie de leur en foutre plein la vue. Qu’ils sortent de là en se disant que les réceptions de l’ambassadeur, à côté c’est le Mac Do. Alors je m’applique, je dresse une belle table, avec une nappe propre et des serviettes assorties, et puis je potasse les bouquins et les sites de cuisine. Même quelquefois, ils sont sur ma table de chevet plusieurs jours avant ! Autant dire que mon amoureux doit avoir l’impression de se coucher avec sa mère… J’essaie de trouver un menu pas trop compliqué, parce que je connais mes limites, mais original, qu’ils en aient pour leur argent. Un truc que je ne leur aie jamais fait, sachant qu’ils ont vite fait le tour des deux plats que je peux cuisiner sans recette !

Mais le problème des recettes, c’est que je ne PARVIENS pas à les suivre à la lettre. Je suis étourdie, bordélique, désorganisée, et ce ne sont que mes principales qualités. Alors soit il me manque des ingrédients (même si j’ai fait des courses exprès, il m’en manque forcément) donc je les remplace au feeling, soit je fais un mix entre plusieurs recettes parce que j’estime que ce sera sûrement meilleur. Et puis on dit toujours qu’en cuisine, il faut être inventif, on ne pourra pas me reprocher le contraire!

C’est comme ça qu’un jour, j’ai servi un porc hyper sec : j’avais oublié de verser dans le wok un verre entier de sauce soja. Une autre fois, mon tajine était tellement épicé qu’on ne sentait même plus le goût de l’agneau. Pourtant j’avais passé l’après-midi entier à le préparer ! Un soir, j’ai oublié de prévoir le dessert, un autre ma quiche ressemblait à de la purée, et pour un dîner improvisé, j’ai loupé mes spaghetti carbonara, pourtant ma spécialité, en faisant trop cuire les pâtes ! J’ai même un jour réussi à foirer ma raclette : j’avais oublié les patates !

Il va vraiment falloir que j’arrête les frais, parce qu’à force d’insister, mes amis préfèreront tous aller chez l’ambassadeur… Je vais donc ranger mes nappes et me cantonner aux apéros participatifs. D’autant qu’il y a quand même un plat que je ne rate jamais : le punch coco.