bledinebebedeuxCe matin, j’avais rendez-vous à la halte-garderie avec ma fille cadette. La halte-garderie, c’est un genre de crèche, mais où l’on dépose son enfant ponctuellement, à partir de trois mois. Une sorte de crèche d’appoint, plutôt destinée aux parents au foyer. Parce que, il n’est jamais inutile de le rappeler, même en congé parental choisi, même si la volonté s’additionne à la possibilité d’élever son ou ses enfants soi-même, ce choix implique bien souvent une disponibilité totale vis-à-vis du bébé.

Et même si ce choix est satisfaisant pour la personne qui l’a fait, gratifiant, épanouissant, assumé, revendiqué, idéal et magique, il n’en demeure pas moins quasiment indispensable pour la bonne santé mentale de ladite personne de s’aménager des temps sans sa merveilleuse progéniture. Des moments qui seront forcément utiles, que ce soit pour des raisons pratiques ou psychologiques.

Pratiques parce qu’il existe quantité d’activités difficilement praticables avec un bébé sous le bras : faire des courses (jouable mais passablement relou), monter un panier de linge, remplir une feuille d’impôts par exemple, mais encore essayer des jeans (car l’arrivée de l’enfant implique une modification corporelle telle qu’en résulte la nécessité d’une nouvelle garde-robe) ou se faire épiler. Et qu’on ne m’envoie pas une esthéticienne à domicile, parce qu’une épilation, c’est déjà douloureux, alors une épilation avec un bébé hurlant dans la chambre voisine, c’est juste insupportable.

Psychologiques parce que non seulement la mère (ben oui, pardon, on y revient, mais c’est quand même plus souvent la mère qui s’y colle), à moins qu’elle ne soit dans le maternage total et fusionnel, a besoin de passer quelques moments seule, qu’il s’agisse de prendre un bain ou de lire un bouquin au soleil, ou avec d’autres adultes (ou même passer du temps avec d’autres adultes dans un bain). Des moments où son esprit ne sera pas en état de veille permanente (bébé dort ? a faim ? a besoin d’être changé ? a pris sa vitamine ? a roté ? a sommeil ? ne va pas tomber de la table à langer ? a besoin de câlins ? est bien attaché ? j’ai pris la poussette ? la tétine ? le bib au cas où ?), des moments où son bras gauche sera soulagé de 7 kg, et sa main droite ne sera pas en pilote automatique « ainsi font font font les petites marionnettes », même au volant (surtout au volant).

Psychologique aussi pour l’enfant, qui aura tout à gagner à être sociabilisé, même très jeune, pour autant qu’il y soit bien préparé.

Et justement. J’avais donc rendez-vous ce matin à la halte-garderie avec ma fille de presque six mois, et c’est pas faute d’avoir commencé l’adaptation tôt (rester avec elle plusieurs fois pour l’habituer), elle n’y est encore jamais restée seule. Parce que les femmes au foyer, elles ont bien le temps. Au bout de 248 séances d’adaptation, qui s’étaient fort bien passées, j’espérais donc enfin pouvoir la laisser un court moment aux charmantes puéricultrices, qui ont toute ma confiance pour avoir gardé avant elle son grand frère et sa grande sœur…

J’avais donc prévenu la petite, genre « Maman va faire une petite course, tu vas rester un peu à la garderie avec les copains, Vonnick (j’habite en Bretagne) va s’occuper de toi, tu vas bien t’amuser et je reviens vite te chercher… ». C’est que j’ai eu du Dolto à haute dose dans mon biberon, le traumatisme ne passera pas par moi.

Une fois sur place, elle sourit, attrape des jouets, bave dessus, bref, fait son boulot de bébé cool. Mais dès que Vonnick lui parle, elle se met à pleurer. Je la reprends, la console, lui dit combien cette dame est gentille, rien à faire, elle hurle toujours. Je lui dis alors : « OK, t’as gagné, je reste encore avec toi aujourd’hui…» et voilà qu’elle s’arrête aussitôt. Me sourit. Sourit à Vonnick. Je suis sciée.

Mais juste pour assister à ça, ça valait quand même le coup de prendre un congé parental.