Elle_72dpiJ’ai toujours eu du mal à faire des choix. Qu’il s’agisse de politique, de boulot, de cul, de bouffe, de déco, de vacances, de télé… Lorsque différentes possibilités s’offrent à moi, j’ai tendance à en relever les bons côtés et les mauvais, à écouter ce qu’en pensent les autres et trouver que personne n’a vraiment tort ni raison, et en conclure que tout ça… ben… finalement… ça se vaut.

Alors ça va, hein, je le vends bien. Je dis que j’ai de l’empathie, que je suis toute en nuances, que je ne suis pas manichéenne. Je dis que je suis ouverte aux différentes opinions, que je sais me remettre en question, que je ne suis pas bornée. Je dis « Ce que je sais, c’est que je ne sais rien » ou « il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ». Et tout ça n’est pas faux.

Mais en réalité, c’est un sacré défaut. Qui me doit dans ma fratrie le surnom de Rachel*. Ne rien imposer par peur de devenir despotique, c’est risquer de rester malléable, sans personnalité, un faible caractère… Et pendant qu’on hésite parce qu’on ne parvient pas à choisir, on n’avance pas.

Or je me trouve aujourd’hui face à une situation délicate. Un choix cornélien que je suis seule à pouvoir faire. Une décision extrêmement difficile à prendre, et qui engagera le reste de mon existence.

Voilà. Il se trouve que sur mon épaisse tignasse, pousse une horde de cheveux blancs. De plus en plus nombreux, ils envahissent mes tempes, bientôt ils s’attaqueront au reste de mon crâne, jusqu’à ce que les châtains, minoritaires, ne puissent plus lutter et tombent, un à un terrassés par ces saligauds sans pitié… Evidemment, à mon âge, ça n’a rien d’exceptionnel. Ça ne me scandalise d’ailleurs pas plus que ça. Non, la vraie, la seule, la grande question, c’est : teindre ou ne pas teindre ?

Parce que je ne peux plus reculer, c’est maintenant qu’il faut choisir, après il sera trop tard ! Si je teins, ton sur ton, ni vu ni connu, personne ne se rendra compte de rien. L’avantage, c’est que j’aurai l’air vieille moins vite, et on a beau dire, vieillir ça fait chier tout le monde. Je n’y échappe pas. L’inconvénient, c’est qu’une fois lancée, il faudra le faire régulièrement, or chez le coiffeur ça coûte un bras, et à la maison on n’est jamais sûre du résultat. En plus ça salit des serviettes de toilette. Sans compter que ça ne fait pas très rebelle… Et puis le jour où j’en aurai marre, le jour ou je déciderai enfin de m’assumer en tant que vieille parce que j’aurai fait un stage de développement personnel et d’estime de soi auprès d’un gourou en sandales, je risque de traumatiser mon entourage qui, d’un coup, me découvrira toute blanche. Et je prendrai 20 ans dans la face en trois jours.

Alors que si je ne teins pas, je laisse venir progressivement, personne ne se rend compte de rien non plus. Même les gens que je ne vois plus dans la vraie vie, en actualisant régulièrement ma photo facebook, si je tombe dessus par hasard ils ne seront pas surpris. Par contre, j’accepte de vieillir en temps réel, voire plus vite que les copines toujours brunes à 50 ans, même sans teinture. Mais le jour ou j’en aurai marre, le jour ou je déciderai enfin de m’assumer en tant que vieille mais séduisante parce que j’aurai fait un stage de développement personnel et de mise en valeur auprès d’un gourou en cravate, je risque de traumatiser mon entourage qui, d’un coup, me redécouvrira châtain. Et j’aurai l’air ridicule en fausse jeune ridée.

Dois-je en conclure que tout ça… ben… finalement… ça se vaut ?

 

*Friends, saison 6, épisode 12. Si, je vous jure.