sans-titreAu début, j'avais toujours deux-trois textes d'avance. Et je publiais tous les lundis. C'est important la régularité, ça fidélise le lecteur... D'ailleurs je continue d'enregistrer une petite hausse des visites chaque lundi. Et puis je me suis dit que si ça sortait le mardi, ou le mercredi ce n'était pas si grave, déjà je me trouvais très forte de tenir le rythme hebdomadaire. J’avais perdu mon avance textuelle depuis belle lurette, et ces derniers temps c’est à peine si je savais de quoi j’allais parler avant d’ouvrir ma page Word.

Malgré tout le lectorat s’étoffait, pas de quoi fouetter un chat mais dépassant largement le cercle de mes proches. Suivie par des inconnus ! Dans la rue j’aurais flippé, sur le net je me pâmais…Pâmée pour damnée, ne sachant toujours pas ce qu’était un flux RSS ni un community manager, pas plus que le 2.0 ou un tumblr, j’ai pourtant plongé dans l’océan de la blogosphère, ses sirènes et ses requins, avec un seul objectif : générer du trafic. Pour, à terme, pouvoir défendre avec un minimum de crédibilité des projets littéraires de plus grande envergure. Donc comprendre qui sont les blogueurs influents, parce qu’un mot de leur part sur facebook ou twitter (surtout twitter, facebook c’est pour les néophytes !) et les clics chez moi atteignaient des sommets, chatouillant mon ego ronronnant tel un chaton repu. Commenter les blogs lus, ouvrir les commentaires chez moi, interagir, mettre son lien partout, exister sur internet, en somme ! Pour cela encore, écrire des articles sur des médias reconnus, de ceux qui remplissent leurs colonnes gratuitement grâce à la soif de reconnaissance de blogueurs égocentrés. Et là, l’orgasme 2.0 (je pige pas bien mais je fais des blagues quand même, comme tricher sur son voisin en interro d’espagnol) : être lue pas loin de 6000 fois, la consécration !

Et puis, ça retombe. Plus de portable, je lâche Twitter, et je ne m’en porte pas plus mal, même peut-être mieux, la vie réelle offrant d’incontestables avantages sur les relations virtuelles. Et tous ces jeux d’influence, ces pseudos journaleux qui se reniflent le cul pour savoir qui sera le plus grand libre-penseur de l’année ! Je m’interroge : est-ce que tout ça ne serait pas un peu du vent ?

J’ai donc pensé tout arrêter, parce que tout ça m’énervait, parce que je n’étais pas sûre d’avoir encore beaucoup de jus. Et parce que se créer un ersatz de notoriété dans le but de servir un plus gros projet, mais ne pas travailler sur ledit projet parce qu’on passe tout son temps libre (rare avec trois enfants) à essayer de faire du buzz, ça manque un peu de cohérence.

Mais mon petit blog, je l’aime bien. Même si j’ai parfois l’impression que c’est un truc de mémère, un dada de femme au foyer comme le scrapbooking ou la peinture sur soie, tant pis, je continue. Peut-être pas tous les lundis, peut-être même pas chaque semaine si je n’ai rien à dire, ou si j’ai mieux à faire avec la vraie vie, on verra. En tous cas, j’y gagnerai certainement en liberté si j’arrête la pêche aux lecteurs, pour ne garder de l’écriture que le plaisir. Il n’en sera que mieux partagé.

 

Image empruntée là.