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Ce week-end, nous avons roulé environ trente-cinq heures pour un mariage en Italie. On est des gros guedins, c’est la faute à l’Erasmus power…

Nous nous sommes donc relayés pendant 3600 kilomètres en voiture, aller-retour, sans les enfants évidemment, parce que trente heures de caisse sans les gosses, c’est bien moins crevant que trois heures avec eux. Bref.

A dire vrai, nous ne nous sommes pas tant relayés que ça. A l’aller, nous ne nous sommes même pas relayés du tout. Moi, l’épouse, je me suis chargée de changer les CDs, de distribuer les vivres, de faire la conversation, de régler le GPS, d’écrire le discours (en espagnol, s’il vous plaît !), d’ouvrir les Red Bull… Ce n’est pas comme si j’avais dormi tout du long, mais je n’ai pas conduit.

Pourtant, je le jure, je ne suis pas une mauvaise femme, et je n’avais aucune envie qu’on se croûte comme des otaries bourrées à cause de la fatigue, en laissant trois orphelins ! Alors j’ai proposé de prendre le relais, plein de fois même, mais non, ça allait, mon amoureux se sentait bien, et puis il restait du temps… Pourtant, une fois la frontière passée, je n’avais plus aucune envie de prendre le volant. Les italiens roulent comme des oufs, ils collent au cul, doublent à droite, slaloment sur trois voies, sans parler de la signalisation ! J’ai donc avoué à ma moitié que s’il était toujours à l’aise, au fond, ça m’arrangeait.

Et j’ai repensé à la Thaïlande, où nous étions partis à trois couples, avions loué une voiture, que seuls les mecs ont conduite. Ça s’est fait naturellement (culturellement devrais-je dire), les filles n’avaient aucune envie de faire la course avec les tuk-tuks, et les garçons ont dû penser qu’il en allait de leur virilité. En deux mots, tout le monde y trouvait son compte. Dont moi.

Pourtant, je trouve sincèrement que cautionner systématiquement ce type de comportements, c’est jouer avec conviction le jeu du sexisme, et ça me donne des putains de nausées, ça m’angoisse profondément, c’est physique ! C’est accepter sans sourciller que les rôles soient distribués, hommes au volant, femmes aux sandwiches, point barre. D’aucun(e)s trouveront que je me masturbe un peu trop l’intellect pour des nèfles, car après tout, si ça m’emmerde autant de conduire quand ça lui fait plaisir, pourquoi échanger ?

Eh bien d’abord parce qu’à force de nous voir dans cette configuration, nos enfants vont bien intégrer quel est le « rôle » de chacun. Et qu’on ne vienne surtout pas me dire après que c’est naturel. Ensuite, si je prends le volant, même en situation un peu stressante, je me souviendrai vite que j’ai mon permis de conduire, tout comme lui, et que je ne l’ai pas volé. Et puis je me sentirai moins tarte en arrivant, moi aussi j’aurai mérité ma binouze.

Au prochain épisode, nous pourrons évoquer ces hommes qui ne s’adressent à vous, femme, qu’en qualité de « partie de baise potentielle » si vous êtes célibataire, et en tant que « femme de » si vous êtes maquée, vous demandant alors comment vont les enfants. Pour la déconne, il y a votre mec. A qui ils resservent des verres. Rassurez-vous, vous allez enfin pouvoir conduire…