jeunes-plageWeek-end entre potes dans la maison des parents, au bord de la mer. Ils sont une bonne quinzaine, ils ont entre 18 et 20 ans, beaux comme dans Beverly Hills 90210. Cet après-midi, ils ont sorti les enceintes pour un bronzage plus festif.

Dans le jardin voisin, un roman à la main, je surveille ma petite dernière en écoutant leurs basses. Je trouve le volume un poil trop fort, on n’entend plus la mer. Et j’ai beau tenir à ma réputation d’amatrice de daube musicale, là, leur son, c’est vraiment de la merde.

Je réalise que le problème n’est pas la musique, mais juste que j’ai presque quinze  ans de plus qu’eux.

Je suppose que toutes les filles sont passées chez l’esthéticienne en prévision de ce week-end sans parents. Sûrement une occasion inespérée de conclure. Les mecs se la racontent à bloc, j’imagine les jeux de drague qui se trament derrière la haie…

J’étale de la crème sur les épaules de mes deux aînés. On doit passer devant eux pour aller à la plage, je rentre mon ventre et leur lance un sourire complice. « Bonjour Madame ! », me répond, bien élevée, la fille des propriétaires.

Complice, tu parles ! Je suis une mère de famille dont les grossesses ont eu raison du maillot deux pièces, qui part à la plage un parasol sous le bras. Ils n’imaginent même pas que j’aie pu un jour faire partie de leur monde, et croient même, ces innocents, qu’ils ne feront jamais partie du mien. Ils doivent penser que mes capacités de séduction sont nulles et non avenues, pour eux la vie cool s’arrête certainement après le mariage…

D’ailleurs non, ils n’en pensent rien, ils se cognent grave de mes questionnements existentiels.

Le soir venu, après une plâtrée de pâtes un peu trop cuites, ils sortent la guitare. Ils fument des clopes en buvant des bières, ils refont le monde, le leur en tous cas. Il y a des phéromones dans l’air, c’est sûr ! En plus de leurs ventres plats, j’envie un peu leur insouciance.

Chez nous, les enfants sont couchés, beau-papa sort une bouteille dont on lui dira des nouvelles sur une côte de bœuf à tomber. On parle des travaux dans la maison, d’un prochain voyage, d’un (quarantième) anniversaire à venir… On entend à nouveau les vagues, on est bien.

J’ai adoré avoir vingt ans, et finalement j’adore en avoir trente. Tant que l’angoisse d’une vie trop confortable ne me quitte pas, je peux continuer à adorer la suite.