les-oiseaux01Comme les enfants, j’étais toute excitée à l’idée d’en acheter. Un dimanche matin, on est allé tous les trois en choisir deux, une rousse et une noire. La noire a été baptisée Blanche (mes enfants ont de l’humour) et la rousse, Cocotte (mes enfants restent des enfants).

Avoir des poules, j’ai appris que c’était super bobo ; que les parisiens en mettent sur leurs balcons, que les forums les plus branchés foisonnent de bons conseils à leur égard. Peu importe, ça me paraissait légitime, je trouvais tellement dommage de laisser à l’abandon ce vieux poulailler, dans le jardin… Et puis quelle idée de génie de responsabiliser un peu les enfants, et puis d’avoir des œufs frais tous les jours !

Nous avons donc adopté nos poules, et ma petite sœur qui en élève avec brio une demi-douzaine, est venue m’aider à réparer le poulailler. Ce qui nous a coûté un certain temps, de la sueur et des clous, mais nous en étions super fières : une partie couverte, un petit jardin clos, on y aurait volontiers dormi nous-mêmes. Mais c’était l’heure du bain, ou de l’apéro je ne sais plus, quoi qu’il en soit on n’a pas eu le temps de leur couper un bout d’aile. Du coup, prenant de la hauteur, les sportives poulettes se sont échappées. Et au vu des renards qui se baladent régulièrement jusque dans le jardin, nous devions assurément en faire le deuil. Et revoir nos qualités d’architectes diplômées en volaille.

Mais au bout d’une semaine, si Cocotte a bien joué son rôle dans la chaîne alimentaire, Blanche est réapparue, comme si de rien n’était. Depuis, je la barricade dans sa cabane humide, et lorsque je lui apporte de l’eau et des graines (oui parce qu’au niveau de la responsabilisation des enfants, je me suis légèrement plantée), j’ai la désagréable impression de nourrir Natascha Kampusch.

Alors, prise de remords, il m’arrive de la sortir. Et d’avoir un mal fou à la rentrer. Elle fuit dès que je l’approche, mais me fonce dessus quand je lui tourne le dos. Je n’ose en parler trop ouvertement, mais je crains que cette poule ne soit possédée. Il n’y a qu’à voir son petit œil me fixant d’un air mauvais, et ses coups de bec agressifs et tellement précis… Et cette façon de marcher, toutes proportions gardées, on dirait le plus cruel des tyrannosaures, dont elle descend directement d’ailleurs, c’est prouvé !

Bon, et je dois bien l’admettre, une poule, ça pue. Ça sème des crottes fourbes et dégueulasses partout, je suis sûre que sous ses plumes grouillent des puces et des moucherons, quand au poulailler… Le nettoyer me dégoûte, d’autant que les rats s’en chargent certainement chaque nuit.

Lors de rêveries honteuses et solitaires, je me prends à espérer qu’un renard vienne s’en régaler chez elle, ou qu’un jour de sortie, je l’écrase par inadvertance… Que le chien des voisins lui fasse sa fête, qu’elle s’étouffe avec un bout de plastique, ou qu’un peu d’anti-limace tombe par mégarde dans son déjeuner… Je ferais si bien semblant d’être triste, je pourrais même lui faire un enterrement en règle, avec les enfants !

Mais elle est coriace, la garce. Lorsque je l’approche, j’ai l’impression que c’est Hitchcock lui-même qui me l’a envoyée. J’ai honte, je ne suis plus très loin des salauds qui abandonnent leurs chiens sur des aires d’autoroute, mais je la déteste.

En plus, cette conne ne pond même pas.