rater-sa-cible-en-pubLa nausée, depuis Sartre, c’est littéraire. Presque poétique. Avoir la nausée, c’est être dégoûté, mais avec un certain standing. D’ailleurs, on a la nausée devant la montée du FN, on a la nausée face aux gros industriels de l’agroalimentaire qui nous empoisonnent…

C’est marrant, parce que moi, j’ai plus souvent la gerbe.

J’ai la gerbe quand j’ai trop bu.

J’ai la gerbe quand je vide une poubelle de couches.

J’ai la gerbe quand on m’oblige à manger de la macédoine.

J’ai la gerbe quand je fais un tour dans le grand huit.

J’ai aussi la gerbe quand je lis que des viols collectifs restent presque impunis. J’ai vraiment la gerbe à cause de mon intime conviction que ces femmes ont dit la vérité et qu’elles sont finalement les seules à en pâtir. Je sais bien que mes convictions ne sont pas un argument juridique recevable. Je sais aussi qu’il est essentiel qu’un dossier soit solide pour condamner des gens, aussi horrible soit le supposé crime. Je continue à penser (quoique, parfois j’hésite) qu’il vaut mieux prendre le risque de libérer un coupable que d’enfermer un innocent.

N’empêche, j’ai quand même la gerbe.

Parce qu’il s’agit d’un problème plus large. Parce que voyant ça, je ne suis pas sûre, si ça m'arrivait demain, que j’irais porter plainte. Quand je lis que la justice, dans l’affaire de Fontenay, reconnaît les viols en réunion mais ne les condamne pas (ou si peu), je comprends que violer, ce n’est pas si grave. De toutes façons, les femmes ont l'habitude d'être traitées comme des paillassons, alors elles s'en remettront.

Il est difficile de faire comprendre aux hommes qui m’entourent, pour qui j’ai de l’amour, de l’affection, de l’estime et du respect, et qui me le rendent bien, combien l’angoisse du viol est une chose parfaitement intégrée pour une femme. C’est comme ça, je suis née ainsi, d’autres ont un pied bot, moi je suis une victime de viol potentielle. La peur est plus forte dans la rue la nuit, mais elle somnole, prête à s’éveiller, quand, seule chez moi, un artisan sonne pour me proposer ses services. Ou le voisin, ou le facteur. Ou même un pote.

Une femme sur cinq est violée. Sur vos deux cent contacts facebook, si la moitié est féminine, vous pouvez considérer que vingt copines se sont déjà fait violer. Non, bien sûr, je plaisante, ça n’arrive que dans les caves sordides, chez les populations quasi illettrées, pas autour de vous ! Vous le sauriez quand même, ça n’est pas tabou… Ça n’a pas lieu au domicile de la victime ou de l’agresseur dans 68 % des cas. Le violeur n’est pas médecin, prof, flic ou patron pour 57 % des personnes condamnées. Les plaintes déposées ne représentent pas 10 % des agressions réelles. Tout ça c’est bidon, dormez sur vos deux oreilles et fermez fort les yeux.

Je vous laisse, on sonne, je ne sais pas ce que veulent ces deux types en bleu de travail, mais je n’ai pas envie qu’ils réveillent ma fille.

 

 

Note : La photo d'illustration est une vraie pub (mais d'où tu sors que la domination masculine existe encore ?).

Sources : SOS Femmes et Gaëlle-Marie Zimmermann (qui développe une analyse autrement plus fine, notamment sur le fait qu'on accorde du crédit à la parole d'une femme violée si elle est bien bien détruite. Si elle se reconstruit, c'était pas si grave. ).