monde_nuit_lumieresQuand on tient un blog, on a accès à toutes sortes de statistiques le concernant.

Je peux par exemple savoir quels mots-clefs ont été entrés sur Google pour tomber sur mes pages. Quelquefois, c’est drôle, comme « le cul de ma mère ». Quelquefois, c’est triste, comme « ma voisine se drogue et abandonne son enfant ». Quelquefois, c’est olé-olé, comme « femme au foyer qui baise ». Quelquefois, quand c’est récurrent,  je décèle un vrai problème de société, comme « où sortir après 30 ans ? ».

Je peux aussi voir d’où viennent les lecteurs, et découvrir avec fascination que mes textes voyagent beaucoup plus que moi : Etats-Unis, Canada, Espagne, Allemagne, Tunisie, Algérie, Chine, Seychelles, Italie, Grèce, Portugal, Israël… J’aimerais savoir qui ils sont, et me demande comment vous êtes tombés sur moi. Un peu de moi partout dans le monde, sans dépenser une goutte de kérosène. Pas peu fière.

Je peux, bien sûr, savoir combien de personnes se sont abonnées. Et s’ils n’ont pas choisi l’anonymat, je sais qui a décidé de recevoir une notification par mail chaque fois qu’un billet est publié. Au commencement fut ma mère. Et puis les frangins, les copains, les cousins. Comme j’ai une grande famille, j’étais contente, ça me faisait plein d’abonnés. Alors sont arrivés les amis d’amis, des noms qui me disaient quelque chose, sans que je les connaisse réellement. Ont suivi les inconnus, ultime plaisir narcissique.

Et puis là, récemment, je me suis aperçue d’une chose. J’ai une nouvelle abonnée, je la connais et j’avoue que ça me turlupine un brin. Vais-je pouvoir m’exprimer avec autant de naturel ? Avec autant de grossièreté (qui m’est si naturelle) ? Continuerai-je à avouer sans honte que mes enfants me font chier, combien est douloureuse l’épilation de la chatte, et surtout à quel point les vioques font exprès d’être lents à la Poste ? Oserai-je encore ces impertinents éclats ?

Ou puis-je seulement considérer qu’elle est désormais prévenue ?

Bienvenue, Grand-Mère.