390032553La dame du recensement doutait un peu, mais au vu de mon congé parental suite à un CDD, elle a finalement opté pour la case « femme au foyer ». Tiens, d’ailleurs, maintenant que j’y pense, je ne sais plus s’il y avait « femme » ou seulement « au foyer »…

C’est spécial, comme statut, « femme au foyer ». Ca fait un peu désuet, pour ne pas dire ringard. Pour mieux l’assumer, je devrais fièrement brandir l’étendard du vintage. Avec l’accent, of course. J’ai comme l’impression que les femmes au foyer désertent nos contrées : on est en congé parental, au chômage, entre deux projets… On fait une pause, on a mis sa carrière entre parenthèses pour se consacrer à sa famille… Tout ça, d’accord, mais femme au foyer, jamais !

Moi la première, j’ai essayé de me glisser dans une autre case lorsqu’il a été question de ma profession. Peine perdue. Me voilà cantonnée à un univers d’où les Pussy Riots ne peuvent plus rien pour moi. J’en connais pourtant des tonnes, des filles dont le « congé », ou la « pause » a été plus ou moins longue, plus ou moins choisie. Plus ou moins bien vécue.

Je pense que la sémantique n’est pas étrangère au manque de considération, ressenti ou réel (je ne sais toujours pas) de ces périodes d’inactivité. Hem. Inactivité, dites-vous ? Pause, parenthèse, congé, chômage : on reste bien ancré dans le champ lexical de la glande ! Forcément que c’est mal vécu, d’être, ou se croire (je ne sais toujours pas) perçue comme une glandeuse, quand on passe 24h/24 avec un enfant de moins de trois ans dans les jambes, le simple fait de le surveiller n’autorisant aucune pause à la machine à café… Alors faire autre chose que s’en occuper, même des corvées, c’est souvent un exploit...

Phénomène scientifiquement prouvé, le nombre de tournées de linge augmente inexorablement avec le nombre d’enfants. Or une bassine de linge nécessite deux bras pour être déplacée. Un enfant ne sachant pas marcher se contente d’un bras et une hanche (toujours la même, attention à la sciatique !). Sacré merdier, si vous n’êtes pas née à Tchernobyl, vous n’avez que deux bras. Si vous avez des escaliers sur votre trajet, c’est le grand chelem. L’enfant pourrait effectivement être enfermé dans une chambre le temps de s’occuper du linge, mais outre ses cris insupportables, l’enfant s’est déjà brûlé au radiateur, a avalé une chaussure de Barbie, s’est cassé la gueule de tout ce qu’il pouvait escalader, a léché consciencieusement la peinture de son lit à barreaux, bref, il semble plus prudent de l’avoir à vos côtés. Ainsi, l’enfant tout petit pourra être posé dans la bassine. L’enfant plus grand s’y assoira (attention à l’inclination de la bassine : si l’enfant manque d’équilibre, préférer le placer dos contre votre ventre qui fera donc office de dossier). L’option enfant d’un côté et bassine de l’autre permet une meilleure répartition des poids, toutefois la prise en main demande une certaine expérience, et le risque de chute de linge suivi de juron s’élève à ¼.

Ceci explique, au passage, que la femme au foyer n’ait pas forcément envie de se changer dès qu’elle a une trace de régurgitation sur l’épaule. Ce serait le cas cinq fois par jour, presque une bassine complète. Pour du caca sur la jupe (enfant malade > antibiotiques > couche qui déborde), elle peut faire un effort. Encore faut-il qu’elle s’en rende compte. Lui laisser entendre qu’elle se néglige, c’est la pousser à l’accident domestique.

Dans la série «j'ai un bras très musclé (qui porte) et l'autre très habile (qui agit)», on évoquera également la confection d’une quiche, le passage d’aspirateur, la signature des cahiers… Au quotidien, c'est vis ma vie de Jamel Debbouze. Pour la douche, on peut se contenter de quelques minutes de pleurs, enfant collé contre la paroi, essayant d’ouvrir la porte.

Conscient de cela, on pardonnera aisément à la femme au foyer sa propension à téléphoner à sa mère ou poster sur facebook : avec un smartphone, il suffit d’une main ! Mais c’est alors s’exposer au risque de donner l’impression qu’elle est bien plus « congé » que « parental ».

S'agit-il juste d'une impression ? Je ne sais toujours pas.

 

Précision, à toutes fins utile : ceci n'est pas une pleurnicherie, juste un petit morceau de regard sur un boulot ni plus ni moins pénible qu'un autre. Et oui, rassurez-vous, le soir et le we il reste de nombreuses corvées à partager avec l'homme.