OuroborosDans mon fonctionnement au quotidien, j’ai noté une constante un peu stérile.

Je me demande si elle m’est propre ou si d’autres partagent cette anomalie…

Je préparais, un soir, une soupe familiale avec les légumes qui risquaient de se perdre sous peu s’ils n’étaient pas utilisés (j’achète souvent plus de légumes que je ne souhaite en consommer, à cause du leitmotiv des 5 par jour qui éviteraient tous les maux. Le marketing de la bonne conscience, avec moi ça marche et ça finit en soupe ou en purée. Heureusement, j’ai un bébé, bien utile quand on n’a pas de chien pour finir les restes. Bref.). Mixer une soupe pour sa famille, c’est bien, je crois. C’est sain, utile, voilà une activité globalement positive. Pourtant, pendant l’acte (je parle toujours de potage), l’impression de perdre mon temps m’était tenace. Il me semblait reproduire les gestes de mon arrière-grand-mère, mixeur électrique en plus, et je me disais qu’en 2013, une femme aussi émancipée que moi avait sans doute mieux à faire. Par exemple bosser sur son CV.

C’est important de bosser son CV, il doit être à jour, surtout en temps de crise, pour être la plus réactive possible le jour où une belle annonce pointera le bout de son nez. Car le temps file vite et le congé parental ne durera pas éternellement ; ce serait dommage de se retrouver le bec dans l’eau quand il s’achèvera. Pourtant, en travaillant mon CV la dernière fois, je me suis dit que ça n’avait rien d’urgent, que mon congé parental me laissait le luxe de profiter au mieux du temps que j’avais à passer chez moi, et que je ferais mieux de passer à une activité plus sereine, plus en phase avec ma vie de néo-rurale, et qu’il était grand temps de semer mes tomates cerises, car si je ne le faisais pas je devrais encore en acheter des sans goût au supermarché.

Pourtant, lorsque j’ai enfin semé mes graines, dans des petits pots au bord de la fenêtre, en espérant que le mildiou ne les ravage pas toutes cette année, je me suis fait l’effet d’une retraitée, pensant que j’avais vraiment autre chose à faire, et qu’avec le temps que je passais à la maison, ce serait quand même la moindre des choses que toute ma famille ait chaque matin des chaussettes propres à se mettre, et en matant la pile de linge sale, je considérai qu’il était grand temps de lancer quelques machines.

Pourtant, en pliant le linge propre des cinq membres de mon foyer quelque temps plus tard, je me suis fait la réflexion que ça n’avait rien d’épanouissant, et qu’il était sûrement plus urgent pour moi d’assouvir mon besoin primaire d’écrire, nécessaire pour m’exprimer autant que pour me valoriser aux yeux du monde extérieur.

Pourtant en écrivant, j’ai pensé que ça ne me rapporterait sans doute jamais rien, que c’était un peu vain comme activité, et surtout très nombriliste.

Alors que pendant ce temps, il y a des carottes et des poireaux en train de s’abimer dans la cuisine, et qu’il est grand temps de les utiliser. En faire une soupe, par exemple, une bonne soupe qui nourrirait toute ma famille…