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Je me l’étais promis, juré, craché, je changerais mon image.  Plus jamais je ne passerais pour une mère indigne, de celles dont les enfants ne sont qu’un appendice encombrant, empêchant la coolitude, les apéros branchés et les grasses matinées. J’avais décidé d’assumer mes moutards, les trois s’il vous plaît, avec la mine épanouie de la mère à la fois cool et branchée.

Et folle d’amour pour sa marmaille.

Je refusais d’ajouter de l’eau au moulin de ces intégristes du NO KIDS, qui estiment en public et sans crainte des représailles qu’à chaque accouchement, une mère expulse quelques neurones supplémentaires, et que le changement de couches à échelle industrielle annihile forcément ses capacités de réflexion.

J’avais prévu de clamer haut et fort combien c’était fendard la vie avec des gosses, surtout les miens qui sont géniaux. J’avais envisagé de demander une augmentation de mes allocs, rapport à l’envie d’enfantement que je susciterais forcément chez d’autres, et peut-être une prime supplémentaire pour le temps passé à façonner trois êtres aussi exceptionnels, une plus-value sans pareille pour la France…

Et puis… Et puis en mai, il y a eu des vacances, puis des ponts, puis des enfants malades. Ça faisait long, quand même. Après il y a eu des poux, et des pipis au lit, et des caprices, et des chutes dans l’escalier, et des cacas dans le bain, et des chambres à ranger, et des vaccins douloureux… Le tout dans le froid et la pluie.

Le quotidien avec enfants m’est apparu alors largement plus difficile à vendre, j’ai perdu mes talents de marketteuse sur le concept de « l’épanouissement par le lange », j’ai recommencé à râler dans mon coin et à faire semblant de ne pas me vexer quand on me demandait « Et toi, à part tes enfants, tu fais quoi ? » (Qu’est-ce que tu veux que je fasse d’autre, connard ? Essaie de bosser avec une petite de 18 mois "très éveillée" dans les jambes…!)

Alors quand je me suis aperçue que j’étais border line pour l’inscription à l’école de cette charmante petite dernière (sondage : ça vous choquerait si je l’affublais d’un harnais et d’une laisse, sachant que son jeu préféré est de courir vers les voitures ?), je me suis précipitée à la mairie. La dame m’a dit de vite remplir les papiers, ça pourrait passer. Je suis rentrée, je l’ai couchée, (ma fille, pas la dame) et j’ai lu tout ça. Et réfléchi, avec les quelques neurones qui ne sont pas partis à la poubelle de l’hôpital en même temps que mes trois placentas.

Je me suis dit que si elle rentrait à l’école en janvier, elle aurait tout juste deux ans. Que deux ans, c’était encore tout petit, que si ça se trouve elle ne saurait pas encore parler et porterait toujours des couches (ça m’étonnerait bien, entre nous, ma progéniture est généralement plutôt époustouflante) et qu’elle allait s’en coltiner encore pendant vingt ans, de l’école, alors on n’était pas à six mois près. Qu’en septembre suivant, elle n’aurait même pas encore tout-à-fait trois ans, et que c’était peut-être suffisant. Que je pourrais continuer la garderie, c’est beaucoup plus cher mais les impôts sont généreux, et puis la structure, sans doute, est bien plus adaptée aux tout-petits.

Alors j’ai gardé les papiers, et j’ai laissé passer la date.

Je ne suis pas une si mauvaise mère, au fond.

 

N.B. : Après, je me suis dit aussi que 6 mois, pour moi c’était énorme, peut-être juste le temps de trouver le boulot qu’il me faut avant la fin du congé parental, et qu’en plus si ça se trouve elle parlerait très bien et aurait hyper hâte de rejoindre les grands à l’école, et que… tant pis, c’est trop tard !