autoflagellation

J’ai un sérieux atavisme familial, c’est la culpabilité.

Dès que je fais un truc, je m’en veux parce que j’aurais pu faire autrement. Je m’en veux surtout vis-à-vis des autres, que j’essaie systématiquement de satisfaire, d’où ma difficulté à dire non. J’accepte de rendre des services, et quand je ne peux pas, je ne suis pas loin d’aller à confesse avouer que je ne suis pas à la hauteur de l’amitié qu’on m’accorde.

Je m’en veux encore d’avoir refusé d’héberger quelques jours, il y a 10 ans, une vague connaissance dans notre minuscule appart parisien, parce que ça faisait suer mon mec, qui ne la connaissait pas.

Ça me met parfois dans des situations merdiques, comme quand j’ai décliné ce convivial apéro pour emmener à la gare une fille un peu sangsue qui n’avait pas de voiture. Les autres m’en ont voulu de ne pas venir, j’en ai voulu à la sangsue de me faire pitié… Trop bonne trop conne, je n’assume toujours pas.

Avec le temps, j’apprends à ne plus accepter plusieurs évènements à la fois, car j’ai fini par comprendre que je ne pourrai pas être partout, et qu’on m’en voudra beaucoup plus de poser un lapin au dernier moment que de refuser dès le départ.

Quand ça m’arrive, par négligence (si je ne note pas, je peux oublier que j’ai déjà dit oui ailleurs), j’en suis malade : je ne dors plus, je fais la gueule, parfois je pleure, je cherche comment tout concilier en terme de timing, et je dois finalement rassembler un courage incroyable pour mailer mon refus aux uns ou aux autres. Parce que j’ai trop honte pour téléphoner. (Après, je suis aussi capable de culpabiliser de ma propre réaction, si désagréable pour ma famille).

Alors souvent, je m’explique, je me justifie, j’implore le pardon, j’invoque des raisons indépendantes de ma volonté, je dis que vraiment, j’aurais préféré, que la vie est cruelle et tellement injuste…

Mais je viens de comprendre une chose. C’est inutile. D’abord, je ne me sentirai pas mieux grâce à ma culpabilité, au contraire. Ensuite, on ne m’en voudra pas moins si je m’auto flagelle. Sans compter que me sentir coupable m’empêchera juste de bien profiter du moment finalement choisi. Parce qu’il y a bien une histoire de choix, alors une fois qu’il est fait, reste à assumer. Surtout vis-à-vis des autres.

Je vais donc désormais arrêter de me justifier avec des yeux de chien battu. Je peux dire non, avec ou sans raison. Si je me suis trompée, que j’ai dit oui alors que c’est non, je m’excuserai, mais sans lamentations interminables, qui agacent certainement plus mon interlocuteur qu’elles ne l’apitoient. C’est moins lâche, et c’est plus sain, les gens ne m’aimeront pas moins, et je me sentirai certainement, à terme, moins coupable.

Je suis désolée, hein, mais je vais vraiment devoir le faire, je suis obligée, pardon…