COUETTE-A-BRAS

Ça y est, j’ai froid.

Je vis dans une grande maison, vieille, en pierre, dans une région pluvieuse.  Côté Nord, les murs sont humides, même en plein été le papier peint se décolle… Cet hiver sera le premier que nous passerons avec une bonne (enfin, j’espère, on verra) isolation. Mais comme on a encore mis tous nos sous dans les travaux, on retarde au maximum le moment d’allumer le chauffage.

Ceci dit, ça ne me paraît pas totalement anormal d’avoir un peu froid l’hiver : la maison de mes parents, qui fut la mienne, est grande, vieille, en pierre, mal isolée… Et comme tous leurs sous passent dans des polaires triple épaisseur, ils se sont fixé des dates de mise en route du chauffage ; du quinze novembre au quinze février. Ça me semble raisonnable, je vais essayer de tenir. Et même peut-être jusqu’au seize, pour gagner un petit succès d’estime. En plus du flouze sauvegardé, ça me donne le sentiment de renouer avec le bon sens paysan, ça me rapproche des saisons, ce doit être mon côté panier bio, écolo, vélo, bobo…

Plus que dix jours.

N’empêche, en attendant, j’ai froid.

Mes doigts sont gelés sur ma souris, j’ai une paire de mitaines à poste près de mon clavier. Les enfants gardent leurs pulls pour aller se coucher, et le matin ils font semblant de fumer dans leur chambre. On a chacun deux serviettes de toilette, histoire de laisser le temps à chacune de sécher, d’un matin sur l’autre. Le soir, au lit, une fois que le corps a laissé l’empreinte de sa chaleur sous la couette, il suffit de déplacer un orteil pour risquer la pneumonie. Hier matin, ma fille s’est lavé les cheveux : sur le chemin de la salle de bain à la cuisine, sa longue natte a eu le temps de geler et elle s’est cassée en deux quand je lui ai enfilé son manteau. J’ai l’impression que même mon cerveau s’engourdit…

Bon, peut-être que je brode un peu, mais je me demande quand même si n’avoir absolument jamais froid l’hiver chez soi est un luxe occidental ou une vraie priorité, qui serait devenue aussi essentielle que l’eau courante, les tampons et les congés payés ? Cigales que nous sommes au sein de mon foyer, me poserais-je la question si l’intégralité de notre PEL n’avait pas contribué durant les derniers mois, intensivement festifs, à payer une Porsche à notre baby-sitter ?

Je vous laisse réfléchir, mes pieds m’informent que ma bassine d’eau chaude refroidit.