J'ai eu envie de changer.

Je la voyais dans le miroir, debout derrière moi, observant ma crinière avec l'air de se dire "mais qu'est-ce que je vais faire de ça ?". J'aurais du me méfier, mais c'est pourtant là que j'ai eu envie de changer. Pas trop, rien de très profond, juste un changement de surface... Un changement d'hiver, un qui booste un peu le moral, le temps que ça repousse...

J'ai pris ma féminité à deux mains, je me suis dit que je pouvais bien, pour une fois, surtout dans un salon low-coast, et puis même si c'est pas le moment, mieux valait être pauvre, belle et joyeuse que riche, moche et faire la gueule. Je me suis trouvé des prétextes et j'ai demandé, l'air de la fille qui a fait ça toute sa vie, "un balayage, s'il vous plaît.". Je me suis bien gardée de dire depuis quand je savais qu'un balayage, en coiffure, ne concerne pas que les cheveux tombés au sol.

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C'était la première fois, je suis plutôt le genre de fille qui se coupe ou se teint les cheveux toute seule malgré les promesses à sa soeur de ne pas recommencer, pourtant c'est toujours un désastre et je dois chaque fois attendre que ça repousse. Le genre qui aimerait trouver un shampoing normal, pas un pour cheveux, gras, secs, longs, crépus, colorés, permanentés, cassants, raides, pelliculés, emmêlés... non, juste un shampoing qui lave. Le genre qui ne sait pas à quoi sert un masque. Alors un balayage, c'est carrément le comble de la sophistication.

Je suis châtain, la non-couleur par excellence. Pas brune, pas blonde, pas rousse. Marron, disent les enfants. Alors c'est bien, un balayage, c'est élégant. Dans les magasines féminins, ils disent que ça illumine le visage. Bonne idée, d'être illuminée en décembre, c'est raccord avec les rues du centre-ville.

La coiffeuse n'a pas eu l'air de trouver mon choix particulièrement original ou courageux, elle est juste revenue avec un bol de teinture, dont elle m'a enduite des mèches qu'elle a ensuite pris soin d'enrouler dans du papier d'alu, "le temps que ça prenne", j'ai vérifié que je ne connaissais personne et j'ai commencé à avoir peur.

Un balayage, j'avais cru comprendre que c'est un peu diffus, certains cheveux subtilement plus clairs que d'autres, comme seul le soleil sait le faire à une surfeuse que je ne suis pas... Là, j'avais quelques grosses mèches dans des boudins d'alu, qui s'éclaircissaient vraisemblablement de plus en plus à mesure que le temps passait.

J'aurais du me méfier.

La dame a fini par revenir, me rincer, laver, couper, mettre un produit sur mes cheveux, sécher mais pas trop "pour ne pas casser la boucle". Franchement, c'était plutôt réussi, j'ai remercié, payé, pris un bonbon. J'ai envoyé une photo à ma soeur en précisant que j'étais une bombe, elle m'a félicitée d'être allée chez un pro. J'étais fière. Je suis allée chercher les enfants à l'école, ils ont remarqué et ça m'a fait plaisir, ils ont dit "on dirait que t'es rousse" et je me suisdit qu'au moins c'était une vraie couleur.

J'aurais du me méfier.

Leur père est rentré, il a remarqué et ça m'a fait plaisir, il m'a dit que c'était joli et ça m'a encore fait plaisir même si au bout de 10 ans de mariage il SAIT ce qu'il FAUT dire après un passage chez le coiffeur. Il s'est approché, m'a demandé si j'avais fait des mèches, j'ai dit "non, pas du tout, c'est un balayage".

J'aurais du me méfier.

A mieux regarder, j'ai l'élégance capillaire de Patrice Drevet en 1985. Va encore falloir attendre que ça repousse.

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