lanarchie-guidant-le-peuple

Dans le cadre de mon travail, j'ai participé à un salon. Une grosse foire expo, à Morlaix. Pour m'y rendre, il faut traverser les Monts d'Arrée... C'est magnifique, une tuerie au petit matin, la brume sur les monts désertique, la petite chapelle, le Menez Hom... Magique !

Mais la route est longue, en camion bruyant. Un gros camion d'artisans, sans Bluetooth, sans même un lecteur CD…

Heureusement, j'ai trouvé une cassette. Une cassette audio, vous vous souvenez ? Le rectangle avec la bande marron qu'on rembobine au crayon de bois ? Rembobiner, vous vous souvenez ?

Bref. J'ai trouvé la cassette dans un carton qui n'avait pas vu le jour depuis trois ou quatre déménagements, et j'ai pioché celle avec écrit Aline. Rapport au fait qu'Aline, c'est moi, je me suis dit qu'elle me plairait sans doute.

C'est peut-être un détail pour vous (mais pour moi ça veut dire beaucoup), toutefois il faut savoir que le A de Aline avait les branches qui dépassait, et il était cerclé. Voilà, c'est ça, juste comme comme dans "Anarchiste". Ce qui m'a permis, soit dit en passant, d'estimer l'âge de cette cassette à environ 15 ans. Ne dites rien, oui, oui, je sais, aujourd'hui le A de Aline signifierait plutôt "Ah la grosse bourgeoise", mais ce n'est pas la question, merci.

J'ai ouvert une kro pour le clébard (ah non, en fait), enclenché l'auto-radio, et poussé le volume à fond.

Très vite, les paroles me sont revenues, et avec elles les ambiances, et même les pensées, et j'ai chanté : "à cause d'un coup d'épée dans l'eau c'était le / coup d'épaule et l'homme est tombé mais le salaud / c'était pas le zéphyr ni la lune/ c'était le borgne gros con joufflu", avec Zebda rendant hommage en 1998 à Brahim, noyé par des manifestants FN...

Je me suis rappelé tellement de moments, et quelques pétards avec Pierpojak racontant "l'histoire d'un bâtard qui fait de la lèche pour Le Pen / qui s'engage dans les keufs pour officialiser sa haine // heureusement dans la famille il y a une cousine qui fume des spliffs et danse le raggamuffin" ou encore "10 millions de glandeurs ça vous fait peur ? / chômage à tous les étages, y en aura pour tous les âges dédicace pour 10 millions de glandeurs !"

Pas besoin de creuser, je connaissais tout par coeur ! J'ai beuglé dans ma taule : "2000 ans et un jour / on fait le bilan il est lourd / on jette les flingues, et le fric n'a plus cours" avec Michel Fugain et Blankass...

J'ai réfléchi, un peu, à mes convictions, leur force (ou pas), les raisons du départ d'un certain nombre d'entre elles, et si cela me satisfaisait, si j'en avais trouvé de plus proches de ce que j'étais aujourd'hui... J'ai réfléchi à l'importance de se rester fidèle, à ce que signifie cette fidélité, si elle permet l'évolution. Je me suis posé la question de ce qui nous définit vraiment, nos idéaux ? Nos actes ? Autre chose de plus profond ? (Oui, quand je suis toute seule dans mon camtar au coeur des Monts d'Arrée, je me prends pour Malraux.)

Heureusement, les putain de Phacos (enfin je crois) m'ont tirée et de mes réflexions, et ça a fait peur au chien (ah non, c'est vrai) : "phaco phaco phacochère, fuck fuck fuck dans les waters, on brûlera tous en enfer, par ce qu'on est des phacochères, on cramera tous père et mère, parce qu'on est des phacochères !" 

En écoutant cette cassette avec son gros son dégueulasse, dans mon camtar avec mon clebs (...), j'ai pris 15 ans dans ma face. Et c'était bon, putain.