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J’ai voté rouge, parfois, faute de pouvoir voter noir.

J’ai voté blanc, le plus souvent, bloquée par une maladive indécision. Comment donner sa bénédiction à un camp dont je savais qu’il ne permettrait pas à mon pays de devenir meilleur ? Je ne suis même pas partisane du « Si tu ne votes pas, ne vient pas gueuler après… », parce que si personne ne me convient, j’estime que oui, je peux gueuler.

Encore faut-il qu’on me laisse gueuler.

Que cette liberté-là ne soit pas mise en péril.

En 2002, j’ai eu envie de vomir, et j’ai pleuré un peu avant de descendre dans la rue avec vous tous. Est-ce 98 et Zizou qui nous avaient donné le goût du collectif ? Est-ce que la peur qu’on ressentait était irrationnelle ? Est-ce que la vision du FN est devenue, au fil du temps, acceptable ? Et nos enfants, on leur montre quoi, en soupirant devant la télé ? Que ce qui arrive est normal ?

Aujourd’hui, j’ai encore envie de pleurer, et il n’y a personne dans la rue pour me donner de l’espoir.

Je connais des électeurs de droite incapables de voter Macron, trop socialiste.

Je connais des électeurs de gauche incapables de voter Macron, trop libéral.

Aujourd’hui, j’ai encore envie de pleurer, en voyant nombre de mes amis, des gens intelligents je crois, défendre plus que jamais ce vote blanc dont j’ai tellement usé…

Mais pas là, putain, pas cette fois, oh, réveillez-vous !!

Pour ne pas salir vos petites mains tellement pures, pour ne pas trahir vos idéaux tellement nobles, vous êtes prêts à laisser entrer la bête ?

Parce que vous ne voulez pas prendre la responsabilité de cinq ans de plus dans une direction douteuse, vous vous laisseriez conduire (en marche arrière) vers l’abîme ?

Parce que vous trouvez votre immeuble mal géré, vous voulez le brûler ?

Parce que vous refusez d’avaler un macdo, vous laisseriez d’autres vous faire manger leur caca ?

Vous me parlez de choix entre la peste et le choléra, mais parce que vous avez peur d’attraper un rhume, vous accepteriez de vous faire baiser sans capote ?

Pardon, mais je ne vous comprends plus.

Faut-il vous relire le programme, vous expliquer encore pourquoi non, la peur n’a rien d’irrationnel ? Vous rappeler que les électeurs FN, eux, n’ont pas d’états d’âme ?

Si le 8 mai, on se retrouve dans la rue, parce que Le Pen nous aura fait la même surprise que Trump, vous pourrez gueuler fort, mais ne vous avisez pas de me dire que ce n’est pas votre faute.

En 1942 non plus, ce n’était pas leur faute, à ceux qui regardaient partir les trains.