Florence Foresti, c'est un peu mon idole.

Je dis ça, elle ne m'a même pas payée, hein. Même pas un petit dvd ou une place de spectacle, rien (youhou, Florence, tu m'entends ?!!)

Seulement, elle incarne parfaitement les femmes que j'aime, où celle que j'aimerais être, sans doute : drôle, évidemment (bon, vous me direz c'est son métier), dotée d'une aura de maboule, intelligente, féministe sans en avoir l'air... Et surtout, surtout : elle fut l'une des premières à prendre le contrepied du mythe de la maternité pleinement épanouissante. Enfin, l'une des premières, non, si on creuse un peu on trouvera bon nombre de penseuses, mais plutôt une des premières au moment ou je devenais mère moi-même et surtout fort bien médiatisée

Quoi qu'il en soit, le mythe, elle lui en a mis plein la gueule. Le drame de la grossesse ? Ne pas pouvoir fumer ni picoler pendant neuf mois. L'accouchement ? Une boucherie. L'allaitement ? Une galère. Le parc ? Une prison...

Et nous, les mères nouvelle génération, on a enfin trouvé une alternative aux forums de mamans qui disent "gygy" pour gynécologue, et dont "les petits loulous" donnent enfin du sens à l'existence, en échangeant des recettes de gâteaux d'anniversaire Barbie (c'est incroyable les gâteaux-Barbie !). On a pu déculpabiliser de ne pas savoir cuisiner, de ne pas aimer jouer aux Lego, et de les coller devant la télé les lendemains de fête. 

Oui mais voilà.

Je ne sais pas ce qui m'arrive, et pour être honnête, je m'en veux un peu... Depuis quelque temps, je me surprends à quitter mon boulot à 16h30 pour aller chercher mes enfants à l'école. Alors que je pourrais bosser encore un peu pour éviter le créneau maudit de 17h-20h avec le goûter, les devoirs, les bains... Et peut-être même, le pire, un peu de temps pour jouer avec eux !

Non, j'y vais. Le plus souvent je suis à l'heure, et ça me fait même plaisir. Et pour aller au bout de mes aveux, ça fait deux week-ends d'affilée qu'on n'a rien, pas un dîner, pas une teuf, pas la moindre sortie entre amis, et... (oh, non, merde, je ne peux pas dire ça en public, quand même ?!) et secrètement, je m'en réjouis ! Je suis CONTENTE de rester à la maison, en famille, et de ne pas me la coller parce que... parce que le lendemain, je suis en forme pour faire une balade, une visite ou préparer un gâteau AVEC EUX !! (mais pas Barbie, du moins pas encore...)

Putain de bordel de merde... Avais-je vraiment besoin de ÇA pour prouver que je les aime follement ? N'importe quoi, c'est ridicule !... L'autre jour, j'ai même dit à ma soeur, tout naturellement "Tu comprends, je me rends compte que le temps passe tellement vite, c'est MAINTENANT qu'il faut en profiter !". Je l'ai sentie sceptique, je me demande si je n'ai pas utilisé ce ton un poil condescendant des mères-parfaites qui ont compris un truc (strictement imbitable pour les mères indignes).

Avant de raccrocher, je lui ai dit : "Allez, je te laisse, j'ai rendez-vous chez le gygy. Ensuite, je file chercher mes p'tits loulous !"

Pardon, Florence. Tu crois que je suis récupérable ?