vierge_marie_et_enfant_jsusVous êtes une militante.

Depuis plusieurs années déjà, vous estimez qu’il est de votre devoir d’informer les futures mères qu’être enceinte, ça n’a rien d’un état de grâce. Vous grossissez, avez les nichons de Sabrina* sauf qu’il est interdit d’y toucher, le dos en vrac, ne supportez rien ni personne, n’avez plus le droit de manger, picoler ni fumer…

Lors de l’accouchement, jour que vous attendez (du coup) avec impatience, et qui est sensé être le plus beau de votre vie, vous douillez pendant des heures, avez envie de gifler  tout le monde, vous faites explorer la chatte par tout le personnel de l’hôpital, avant de vous la faire exploser par votre Gremlins gluant…

Enfin, bébé est là, et vous qui l’avez tellement voulu, vous commencez à vous demander pourquoi. Vous comprenez qu’avoir des enfants, ça n’est pas une sinécure. Ça pleure, ça mange, ça fait caca, ça vomit, ça vous empêche de dormir, ça crée des engueulades dans votre couple, quand la dépression post-partum ne s’y met pas aussi…

Dire tout ça, et bien pire, vous semble plutôt justifié. Honnête. Et vous n’êtes pas la seule : bloggeuses, humoristes, écrivains, cinéastes… Depuis quelques temps, elles sont toutes d’accord pour faire tomber le mythe de la maternité épanouie. Et avec elles, vous estimez que c’est une bonne chose de désacraliser un peu ces histoires d’enfantement. D’abord, ça mettra moins de pression aux prochaines, qui ne se sentiront pas désemparées face aux aléas de cette (més)aventure. Et puis, ça permettra aux hommes de comprendre un peu mieux ce qui vous arrive, ce qui représente un pas de plus vers l’égalité.

Oui mais voilà.

Au détour d’une conversation, vous réalisez que votre petite sœur, de sa toute petite vie d’adulte, n’a jamais connu que cette version noire de l’enfantement. La mère parfaite sur son piédestal ne lui met aucune pression, et pour cause, elle ne la connaît pas ! Vous commencez à vous questionner : et si, à force de décrire le chemin de croix de la grossesse, la boucherie de l’accouchement, et les tourments de la parentalité, vous lui créiez tellement d’angoisses que ça la dégoûtait à jamais de l’idée même de se jeter à l’eau ? D’accord, vous voulez juste éradiquer la culpabilité de ne pas être une mère parfaite, celle de ne pas adorer vivre par et pour ses enfants… Mais si vous étiez en train d’en créer une nouvelle forme ? Celle d’aimer sa grossesse, de trouver son accouchement génial, de prendre un vrai plaisir à jouer avec ses enfants…

 Et si, le jour où votre sœur sera enceinte, elle n’osait  pas vous le dire, pour ne pas vous entendre rabâcher vos dix kilos de plus, vos pleurs permanents et vos nuits hachées ? Si elle ne partageait pas ça avec vous, et que c’était de votre faute ? Et si elle n’osait même pas aimer ça pour en pas avoir l’air gnangnan ?

Vite, vite, appelez-la ! Racontez-lui combien c’est magique de sentir bouger le bébé, comme c’est drôle de choisir un prénom, comme tout le monde est aux petits soins avec vous… Dites-lui que la péridurale empêche de souffrir, que les sages-femmes sont toujours adorables, et que le tenir enfin contre vous est un moment incomparable… Parlez-lui de ce nouveau-né qu’on ne peut pas lâcher des yeux, qu’il change si vite que c’en est fascinant, qu’il est une source d’émerveillement permanente…

Rappelez-lui surtout que vous attendez le troisième : il faut croire que ça vous plaît, au fond…

Et finalement, pour l’accouchement, boucherie ou pas… De toute façon elle est comme vous, elle adore la viande !

*Boys, boys, boys... I'm looking for a good time !