jacques-2-agriculture-salon-chirac-province_486Comme vous êtes, jusqu’à preuve du contraire, une fille, vous savez pertinemment ce qu’est un régime. Longtemps, vous en avez entendu parler comme d’une sorte de contrainte, un mal nécessaire à la féminité. Mais comme le concept de féminité vous était plus qu’étranger, vous ne vous sentiez en rien soumise à cette obligation. Et puis vous aviez de ces filles toujours au régime l’image, assez désobligeante il faut bien l’admettre, de pimbêches compliquées. Voire de pouffiasses mal dans leur peau. De filles futiles, obsédées par leur reflet, continuellement dans une séduction manipulatrice, et formatées par l’image sexiste des femmes renvoyée par les médias. Bref, d’après vous, les régimes, c’était juste pour les connasses.

Vous étiez sans doute d’autant moins concernée par ces histoires de restrictions  alimentaires que votre corpulence s’inscrivait dans une moyenne tout-à-fait honnête. Dès lors, pourquoi s’emmerder à prendre de la salade quand une entrecôte sauce roquefort avec des frites vous tendait ses petits bras sanglants… ?

Parce que sincèrement, les légumes vapeur, on ne peut pas dire que ça vous fasse rêver. Encore moins baver. Vous êtes, semble-t-il, une épicurienne. Presque une hédoniste, vous aimez la bonne chère, ici et maintenant. Vous ne comptez pas les calories du moindre carré de chocolat que vous avalez, d’ailleurs vous n’avez jamais vraiment compris ce qu’était une calorie… Vous trouvez radin de ne pas vider la crème fraîche dans les carbonara, et petit joueur de ne pas vous resservir. Vous êtes incapable d’aller boire un verre sans vous bourrer la gueule, ni de choisir la formule pour abandonner le dessert. A table comme dans la vie, vous jouissez de l’instant sans réfléchir aux conséquences. Non, ça gâcherait votre plaisir. De sorte que vos gueules de bois et vos kilos sur les hanches se suivent et s’accumulent…

Vous vous en foutiez royalement, jusqu’au jour où… Jusqu’au jour où vous ne vous en foutiez plus. C’est vrai qu’un kilo de plus, dans l’année ça n’était pas vraiment visible, mais au bout de dix ans ça commençait à compter. Peut-être n’auriez-vous jamais du acheter de balance. Peut-être étiez-vous devenue subrepticement une pouffe futile. N’empêche, d’un coup, vos grosses fesses vous foutaient les boules.

Alors discrètement d’abord, parce que merde, vous avez quand même une image de marque, vous avez essayé de faire attention. D’être raisonnable, mesurée, équilibrée dans votre alimentation. Mais ça n’a pas marché… Vous êtes excessive, une sorte de Depardieu avec un moins gros nez, pour vous c’est tout ou rien. Il vous fallait un truc plus radical, un vrai régime de psychopathe… Vous avez donc acheté, un peu par hasard, le best-seller de ce crétin eugéniste, vous l’avez lu pour de vrai et suivi à la lettre. Vous vous êtes mise au surimi et au son d’avoine, pendant un mois et demi vous n’avez pas accepté le moindre apéro, et miracle, vous avez retrouvé le poids de vos 20 ans… Certes vous aviez perdu des seins dans la bataille, mais vous rentriez à nouveau dans du 38. Joie et bonheur, vous vous êtes mise au maquillage, et aux talons. Vous avez aussi gravement gagné en confiance en vous, ce dernier phénomène compensant largement l’impression furtive mais désagréable d’avoir vendu une partie de votre conscience féministe au Diable…

Mais juste onze mois après être devenue cette bombasse prétentieuse…

Vous avez accouché. Allez, courage, plus que douze kilos à perdre !